Forteresse ou symbole royal, le château d'Etampes devait aussi jouer le rôle beaucoup moins prestigieux de prison. L'histoire nous a laissé le souvenir de quelques prisonniers de marque comme le comte de Leicester que Philippe-Auguste fit prisonnier en Normandie ou encore, Ingeburge, reine de France et épouse de ce même roi. Souvent contée par les historiens locaux (4) du 19ème siècle et même plus récemment par Régine Pernoud et Geneviève de Cant (5), l'histoire de cette infortunée reine nous est particulièrement bien connue grâce aux chroniques ( voir l'encadré ci contre) mais aussi par les échanges de courriers entre le Pape, Philippe-Auguste et Ingeburge ainsi que par les conciles auxquels cette affaire a donné lieu.
Dans un moyen-âge où les femmes sont le plus souvent des pions, et le mariage, le moyen de réunir des maisons ou de conclure des alliances, Philippe-Auguste, aux prises avec l'Angleterre cherche une union avec le Danemark. C'est sans doute cette nécessité, bien plus que la réputation de grande beauté de la princesse qui dictera son choix. Fille de Valdemar et sœur de Canut VI, la jeune princesse de 18 ans épouse le roi de France le 14 août 1193 à Amiens. La nuit de noces qui suit scellera le destin de la jeune femme. En déchiffrant le langage des chroniqueurs, on peu comprendre que le roi ne put "consommer " le mariage et prit de ce fait sa femme en horreur. Cet incident qui peut aujourd'hui nous faire sourire, est difficilement concevable pour un homme du moyen-âge et à plus forte raison pour un roi. De plus, la religion, tout aussi présente que la superstition, a tôt fait d'associer le diable à des événements ou des phénomènes mal connus. Philippe-Auguste voit-il en Ingeburge une sorcière ? Toujours est-il qu'il prend immédiatement ses distances avant de décider de la répudier. C'est la brièveté de cette union qui fera dire qu'Ingeburge fut répudiée " au lendemain de ses noces "
Guillaume Mennier : Châtelain puis bailli d'Etampes. Guillaume Mennier semble avoir été un personnage d'une certaine importance à la cour de Philippe-Auguste. Son existence nous est connue par de nombreux actes figurant dans le catalogue des actes de Philippe-Auguste ( L.Delisle Bibliothèque nationale) mais aussi par la matrice de son sceau en parfait état découverte à Etréchy en 1866. Cette pièce est d'une grande rareté, la coutume étant, au moyen-âge, de le casser ( on disait canceller) afin d'éviter toute fraude. Cette matrice est conservée au musée d'Etampes, on peut également voir le sceau de Guillaume Mennier dans un module plus petit (5cm) au département de sigillographie des archives nationales à Paris.
L'acte n'est pas sans conséquence, répudier la reine c'est détruire l'alliance entre la France et le Danemark et offenser gravement le roi Canut VI ; Or, Philippe a besoin de cette alliance pour combattre l'Angleterre. Ce sont tous ses plans qui sont bouleversés et l'on conçoit aisément qu'une telle décision ne se prend pas sur un coup de tête. Il est aussi probable que ses conseillers ont tenté de le dissuader, l'intérêt politique devant prévaloir sur les sentiments du roi. Il faut donc croire que l'aversion de Philippe-Auguste était insurmontable pour justifier une telle décision. Pour parvenir à ses fins, le roi réunit un concile de barons et d'évêques que l'on pourrait qualifier de " bien intentionnés " à son égard et invoque une pseudo parenté pour annuler son mariage. L'histoire aurait pu s'arrêter là et Ingeburge rentrer dans son pays, l'honneur en moins, mais libre… On a souvent présenté Ingeburge comme une pauvre victime, subissant son sort avec résignation ; il n'en est rien ! Comme Philippe-Auguste, Ingeburge a un caractère fort, elle est prête à défendre son honneur coûte que coûte, elle refuse l'annulation de son mariage et fait appel au pape Célestin III qui prendra mollement sa défense, mais reconnaîtra au moins à Ingeburge sa place d'épouse et de reine et interdira à Philippe-Auguste de conclure une nouvelle union. Son successeur, Innocent III, sera plus actif dans la défense de la reine. Après maintes tentatives de faire entendre raison au roi, il ira jusqu'à jeter l'interdit sur le domaine royal. Terrible décision pour le peuple des fidèles qui ne fera cependant pas plier le roi, bien au contraire, il enrage ! se venge sur le clergé qui ne lui est pas soumis et resserre les conditions de détention de la reine qui est enfermée dans le château d'Etampes, nous sommes alors en 1200. Si dans une lettre qu'elle écrit au pape en 1203 Ingeburge se plaint des ses conditions de détention, il est probable qu'elle bénéficie tout de même de la part de ses geôliers d'égards en raison de son rang et c'est peut-être pour avoir tissé de liens de confiance avec Guillaume Mennier (6), alors châtelain d'Etampes, qu'elle fera de celui-ci l'un de ses exécuteurs testamentaires. Faisant mine de céder, Philippe-Auguste renvoie Agnès de Méranie , la femme qui avait remplacée Ingeburge sinon dans le rôle de reine du moins dans celui d'épouse ; l'interdit est levé mais aussitôt, le roi demande à nouveau l'annulation de son mariage. Ni la mort d'Agnès , ni la légitimation de ses enfants n'entament la détermination du roi à l'égard d'Ingeburge. De soumission apparente en tentative de faire aboutir son divorce, Philippe-Auguste maintiendra Ingeburge enfermée jusque en 1213 , date à laquelle elle retrouve sa place légitime auprès du roi. Elle aura donc passé au total vingt ans en captivité dont douze au château d'Etampes. Après la mort de Philippe-Auguste en 1223, elle consacre son héritage à la fondation du prieuré de Saint-Jean en l'Isle (7) près de Corbeil où elle se retire. Elle s'y éteindra le 29 juillet 1236 et y sera inhumée.
Date de création : 18/02/2006 - 18:26
Dernière modification : 06/05/2006 - 21:38
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