| La pierre, le mortier, le fer, la terre cuite, le verre, sont parmi les principaux matériaux qui ont servi à l'édification nos maisons. Beaucoup d'entre eux étaient tirés directement des carrières de la région ou produits sur place comme les tuiles ou la chaux. En jetant dans la ville et aux environs un regard attentif, guidé parfois par le souvenir qu'elles ont laissé dans le nom de certains lieux, on retrouve sans difficulté les traces de quelques unes des ces exploitations. Les carrières ont laissé dans le paysage des cicatrices caractéristiques. On en trouve dans différents endroits de la vallée, à l'écart de saint-Pierre, du côté du Rougemont à saint-Martin, mais aussi tout le long de la vallée de la Chalouette où l'on peut encore voir de Vaujouan à Pierrefitte les traces de plusieurs exploitations. Rien d'étonnant en somme dans des lieux comme Chalou, Chalo, Chalouettte qui tirent leurs noms du mot celte Kal (calx en latin) qui désigne la pierre. On tirait deux sortes de pierres de ces carrières : l'une, de type calcaire, l'autre étant un grès assez dense et résistant. On retrouve ces deux types de pierre de façon évidente dans nos églises où les blocs de grès très durs et très solides servent aux soubassements. La nature, qui, s'est bien connu a horreur du vide, a le plus souvent repris ses droits dans ces anciennes carrières. Celle de saint-Pierre a servi un temps de champignonnière, d'autres enfin font maintenant office de piste d'entraînement pour VTT ou moto cross. Mais le cas le plus intéressant est sans doute celui de cette carrière qui est devenu l'un des sites francilien les plus importants pour les chauves-souris. Elle en abrite en effet six espèces dont le grand Murin, le Vespertilion à oreilles échancrées et le Vespertilion de Bechtein. Une autre richesse qu'il convient de préserver. Les fours à chaux ont laissé un peu partout en France le souvenir de leur présence en léguant leur nom aux lieux où ils étaient établis. On rencontre ainsi un peu partout des lieux nommés ""le four à chaux", "fourchaux", "cauffour" ou encore "chauffour". Une rue du quartier saint Martin perpétue donc le souvenir de l'une de ces exploitations sans doute assez ancienne. La proximité des carrières, garantissant la fourniture de la matière première : le calcaire, était un atout indéniable pour l'établissement d'un four à chaux. Mais encore fallait-il que la nature même des lieux en permette la construction. Son implantation dans un coteau, sans avoir recours à l'édification d'une chaudière, constituait la solution idéale pour de petites unités de production. Chaque fois que c'était possible, c'est à dire quand la nature du sol le permettait, on creusait donc le four à même le coteau. Le trou réalisé ressemblait à une sorte de grand puits de plusieurs mètres de diamètre. A la base de ce puits, une entrée en forme de voûte était aménagée. La hauteur du four pouvait varier selon l'importance de l'exploitation de deux à quinze mètres. Les fours de petites dimensions où l'on produisait la chaux au gré des besoins, avaient pour inconvénient de nécessiter des quantités importantes de combustible (bois, charbon) pour amener la pierre à la température de 1000° indispensable à la transformation du calcaire en oxyde de calcium, c'est à dire en chaux vive. Ainsi, même s'ils présentaient l'avantage indéniable de pouvoir être installés facilement au plus près des sites d'extraction du calcaire, au bord du chemin, dans un talus, ces fours avaient un rendement assez médiocre. Les fours de plus grande taille permettaient quant-à eux de travailler à feu continu, on disposait alors une première charge de combustible, puis on chargeait par le " gueulard " du haut une première couche de pierres et une nouvelle couche de charbon. Après la mise à feu de la première charge, on continuait à charger le four par couches successives de pierres et de charbon dans une proportion de 250kg de charbon par tonne de pierre, que l'on désignait sous le nom de "mise au mille". Cette méthode permettait de travailler en continu et le four pouvait rester en activité pendant plusieurs mois. Après passage à 1000°, la pierre qui a perdu près de la moitié de sa masse et s'est transformée en chaux était extraite par des " ébraisoirs " à la base du four à l'aide de crocs. On allait donc, du haut vers le bas du four, du matériaux brut au produit fini. La chaux ainsi obtenue était principalement utilisée en agriculture pour l'amendement des terres acides. Après extinction par apport d'eau (chaux grasse), elle servait alors à l'élaboration de mortiers par mélange avec du gravier et du sable. On peut encore voir non loin du cimetière Notre Dame (l'ancien) un four à chaux du 19ème siècle. |