A voir l'imposante entrée, on imagine encore le pont-levis, la herse, les fossés et puis enfin le château, ou plutôt la forteresse derrière la porte. Rien de tout cela pourtant, sinon les murs, les bâtiments et les granges, aux tailles imposantes certes, de la ferme de Mesnil-Girault. Ces défenses là nous renvoient à un temps où les campagnes regorgeaient de brigands. Du moyen âge jusqu'à une époque après tout pas si lointaine, ces hordes dévastatrices pillaient et rançonnaient les populations. Les «Chat sourd», «Mort au Rat», «Tremble au Vent», «Breton Cul Sec» et autres «Beau François» ne sont plus que des fantômes qui hantent les étendues de Beauce et guettent les plus peureux au creux des chemins. J'en suis là de mes songes lorsque le fracas de l'automobile passant un peu trop rapidement sur la route me ramène tout à coup dans mon siècle. Les temps ont bien changés. Autour de moi, les pavillons proprets et les granges retapées n'ont rien de citadelles imprenables.
Résurgence de ces temps révolus, les molosses vociférant se jettent avec violence sur les grilles et passent entre les barreaux des babines menaçantes. Alarmes et télésurveillances, annoncées avec force publicité aux portes des maisons et sur les boites aux lettres, semblent devoir rassurer nos campagnards des temps modernes. Qu'un pavillon soit visité et le village est en émoi. L'information, bien vite relayée par la presse locale secoue bientôt toute le canton. Elle entretien chacun, non sans arrière pensée, dans la peur et le replis. Trop de clichés, trop d'idées reçues, trop de méfiance.. Et pourtant... Dans les champs, la semence soulève et fend la terre, l'oiseau de mauvais augure a fini son vol entre les branches d'un arbre et de la capitale, vient encore la clameur de la marée des hommes en colère : il n'y a plus de doute cette fois, le printemps est là.
Date de création : 22/04/2006 - 00:27
Dernière modification : 25/02/2007 - 11:50
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