PROPOS SUR LA JUIVERIE D’ETAMPES

Jusqu’en 2002, la ville de Béziers, était l’une des quarante-trois villes de France à posséder une rue de la juiverie. Un article paru en mars de cette même année, annonçait La décision de la municipalité de la renommer « rue de la petite Jérusalem ». Cette annonce m’avait alors conduit à réagir sur le forum d’un site étampois :

Article mis en ligne le 30 janvier 2015
dernière modification le 23 septembre 2015
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« Aussi loin que je me souvienne, la rue de la juiverie, notre rue de la juiverie à Etampes, n’était autre que la rue où avaient vécu les juifs au Moyen-âge, le quartier où se trouvait la Synagogue avant sa destruction et l’édification, dit-on, de l’église Sainte Croix sur son emplacement. C’était aussi celle que j’empruntais chaque jour pour me rendre au collège. Bordée de commerces, la papeterie et la confiserie étaient à n’en pas douter les boutiques que je fréquentais le plus assidûment. En somme, cette rue commerçante du centre ville, n’était rien d’autre que la très banale rue commerçante d’une petite ville de province ». 



Découvrir dans la presse que cette dénomination pouvait être considéré comme insultante ; infamante même pour la communauté juive de France fut donc pour moi quelque chose de nouveau et d’inattendu.



Je m’interrogeais sur le sens des noms apposés sur les plaques aux coins de nos rues : « Toutes rendent hommage à des hommes d’exception, rappellent le souvenir d’instants qui ont marqué la vie de la nation ou de la cité.



Au milieu de tout ça les rues de la juiverie constituent-elles une ultime marque de distinction ou participent-elles à un hypothétique devoir de mémoire ?
Ainsi tiraillés entre la gêne, la bonne morale, la sincérité et le souci des apparences, nous oscillons d’un bord à l’autre dans un débat qui rend parfois la juste pensée difficile à cerner »



Béziers était la première ville à répondre à l’appel du consistoire central de France pour le changement de dénomination des rues de la juiverie. Depuis quelques années, des associations avaient en effet entrepris de reconquérir l’identité et la dignité de la communauté juive en marquant la présence pluriséculaire du peuple juif dans notre pays par des rues au nom de « rue de la Synagogue » ou « rue de la petite Jérusalem » (à Béziers) etc. en lieu et place des « rues de la juiverie » dont l’évocation concentrationnaire ne peut guère inspirer de fierté à un homme épris de justice et de liberté.



DONNER UN SENS AUX MOTS



Pour beaucoup de Français, les « rue de la juiverie » ou « rue juiverie » ne désignent rien de plus qu’un quartier où ont vécu les juifs. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi et nous devons sans doute à une lente banalisation du terme accompagnée d’un savant toilettage linguistique, le fait qu’en ce début de XXIe siècle, nous ayons du mal à entrevoir une quelconque nécessité d’en changer le nom.



Arguant du fait qu’il en a toujours été ainsi, nous préférons éluder le problème en nous référant à un Moyen-âge souvent idéalisé. Une sorte de modèle épuré de toute connotation antisémite.
Dans ce monde parfait, les savants juifs y sont des érudits écoutés et respectés de leurs homologues chrétiens et la communauté, un paisible quartier doté de quelques privilèges.



Sacré roi de France en 1364, Charles V avait déjà régné sur le pays dès 1356 en tant que régent à la suite de la défaite puis la détention de Jean le Bon par les anglais. Il devra encore faire face aux états généraux puis à l’insurrection d’Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris en 1358.
C’est donc dans un contexte économique difficile qu’il monte sur le trône et sans doute faut-il voir dans la nécessité de renflouer le trésor royal, le principal motif du retour des Juifs en France.
Cette autorisation, pour une durée limité à Vingt ans et moyennant le paiement d’un droit de retour, puis d’une redevance annuelle, sera renouvelée jusqu’en 1394.



A cette date, son successeur renvoie de nouveau les Juifs hors de France. Elle marque pour les historiens, la véritable fin de l’histoire des Juifs de France au moyen-âge. Officiellement, il n’y aura plus de Juifs en France durant les trois cents années qui suivront.
Il faut noter que cette dernière expulsion est resté une énigme pour les historiographes Juifs qui écrivent dans l’encyclopédia judaïca : « Il n’y avait pas de motivation financière derrières cette expulsion, qui ne fut associée à aucune confiscation. Cette décision demeure par conséquent inexplicable ».



Les quelques années de paix que les juifs de France ont connues sous le règne de Charles V, Dont on connaît l’amitié pour le chef du judaïsme français, rabbi Mattathias Ben Yossef, mais dont les véritables raisons sont moins nobles (voir encadré), ne peuvent certainement pas être généralisées au monde chrétien, pas plus qu’à toute la période du moyen âge.



Pour réglementer ses rapports avec les juifs, Charles V s’entoure de conseillers, légistes et philosophes issus de la grande bourgeoisie d’affaire, de la robe et de la petite noblesse provinciale. Jean Favier dans son dictionnaire de la France médiévale écrit :
« Tous sont alors réputés Juifs du Roi et soumis à la juridiction d’un garde, choisi parmi les Princes. Ils ont un statut défini, avec le droit à l’exercice de leur religion, l’usage d’un cimetière particulier, voire à une vie communautaire puisqu’ils peuvent élire leurs répartiteurs d’impôt.
Ils bénéficient même d’une tolérance nouvelle en matière de crédit usuraire : le taux est élevé à quatre deniers par livre par semaine, soit 86,6% par an ».
Il nous faut tout de même remarquer, concernant ce dernier point, que la caisse royale était par la biais des taxes et impôts prélevés, la première bénéficiaire de ce relèvement.
La tolérance faite aux juifs durant cette période n’est cependant pas du goût de tout le monde et surtout pas des autorités religieuses. Certains l’apprendront à leurs dépends. Après la mort de Charles V en 1380, le prévôt de Paris, Charles Aubriot sera accusé d’impiété pour avoir rendu des enfants juifs à leur famille (1). Il est emprisonné à la bastille dont il avait dirigé la construction depuis l’année 1370 et alors même qu’elle n’est pas encore achevée.
(1) Les enfants juifs étaient enlevés à leurs parents afin d’être convertis à la religion catholique.



Alors peut-être espérons nous par ces artifices, échapper à une mémoire plus récente ? Car dussions-nous en souffrir, la reconnaissance le 16 juillet 1995 par Jacques Chirac de la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des juifs, quelques 53 ans après la rafle du « Vel d’Hiv », n’est-elle pas l’illustration de la difficulté que nous avons, parfois, à nous souvenir ou accepter une réalité dérangeante ?



À l’issue de deux années (2004-2005) célébrant la libération des camps de concentration par les alliés, les étampois eux-mêmes se souviennent-ils des convois, comme ce convoi N°16, qu’ils ont regardé passer en gare d’Etampes ?



Ceux là même qui, par paquet de 1000 (effectif théorique souhaité par l’administration allemande), ont emporté de juin à septembre 1942, 8440 hommes, femmes et enfants des camps de Pithiviers et Beaune La Rolande vers la mort.



..] 7 Août 1942- Convoi N° 16- destination : Auschwitz - 197 hommes, 871 femmes- 794 gazés à l’arrivée [... ( Source : Serge Klarsfeld, le mémorial de la déportation.)



L’histoire, admettons le, ne ressemble pas toujours à celle de la France dont nous rêvons, la France glorieuse et juste, la France de l’idéal Républicain telle que l’enseignaient nos « hussards de la République" (du surnom donné aux instituteurs des écoles publique au XIXe siècle). Un idéal pétrit de laïcité, de tolérance et de savoir éclairé.



Aux yeux des autorités françaises et allemandes, les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande disposent de deux atouts : leur proximité de Paris et la bonne desserte en chemin de fer dont ils jouissent.
Entre 1941 et 1942, ils joueront avec le camps de Drancy, un rôle essentiel dans l’internement et la déportation des juifs de la région parisienne.
Après avoir accueilli dans un premier temps les Prisonniers de guerre français dans l’attente de leur transfert vers l’Allemagne, ils servent dès 1941 à l’internement des « ressortissants étrangers de race juive » de la région parisienne, dont les 3700 juifs de la rafle dite du « billet vert ». Pendant près d’un an, 1700 seront retenus à Pithiviers et 2000 à Beaune-la-Rolande dans des conditions sanitaires épouvantables.
Libérés de leurs Prisonniers par leur déportation massive dans les convois numéro 2,4,5 et 6, les deux camps recevront alors les familles des raflés du « Vel d’Hiv ». Il s’agit cette fois de Français de confession juive. Parmi elles, environ 3300 enfants dont ceux qui n’auront pas succombé aux conditions de vie des camps, c’est à dire 3160, seront déportés vers Auschwitz. Tous les enfants ont été gazés à leur arrivée.



Du 8 mai 1942, date du premier convoi, au 21 septembre de la même année, date du dernier convoi, les camps de déportation de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande ont été les auxiliaires indispensables du camp de Drancy dans l’organisation de la solution finale pour plus de 40 000 Juifs de France.

Année 1942 N° de convoi Départ Nb de déportés Survivant en 1945
8 mai   Pithiviers 289  
Juin 4 Pithiviers 999 51
Juin 5 Beaune-la-Rolande 1038 35
Juillet 6 Pithiviers 928 18
31 juillet 13 Beaune-la-Rolande 1049 13
Aout 14 Pithiviers 1034 4
6 aout 15 Beaune-la-Rolande 1014 5
7 aout 16 Pithiviers 1069 6
21 septembre 35 Pithiviers 1000 23



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Tableau des convois au départ de Pithiviers et Beaune-La-Rolande à destination d’Auschwitz.


Dire aujourd’hui qu’il n’y a pas de honte à avoir une rue de la juiverie est symptomatique d’une vision tronquée ou sélective de l’histoire qui aboutit à faire des juifs les premiers et les seuls responsables de leur propre infortune.


Pour ce qui concerne les juifs, comme pour tant d’autres communautés, c’est par ces sortes de brèches ouvertes dans les esprits que s’engouffrent alors les idées distillées par d’obscurs clubs de pensée (les fameux « Think tank s ») comme ceux qui, à l’instar du GERCE ou du club de l’horloge, nous conduisent aujourd’hui à la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale.



De ce discours difficile à décrypter, dont la lecture naïve peu faire penser à une reconnaissance, de ce « tricotage insidieux des idées » naît alors le repli sur soi et la peur de la différence extra européenne et extra chrétienne.
Serions-nous donc condamnés à ne jamais pouvoir dépasser nos préjugés et nos stéréotypes ?



Mais revenons à nos juiveries...



JUIVERIE : n.f. XIIème siècle. Dérivé de juif. Anciennement quartier d’une ville habité par les juifs. A été conservé dans le nom de certaines voies. Rue de la juiverie, rue juiverie.
Ainsi rédigée, la définition du dictionnaire de l’Académie française de 1999, est bien anodine. Elle pourrait laisser penser que la France du Moyen-âge avait accueilli les juifs avec une générosité exemplaire.



Le moins que l’on puisse dire est que nos chers « immortels » font là, la preuve d’une pudeur extrême pour désigner ce qui fut en réalité un régime d’apartheid.



Le second sens donné au mot juiverie qui « Désigne en mauvaise part la société juive », présent dans de précédentes éditions du même dictionnaire, a donc disparu. Il était accompagné de quelques exemples comme : « il m’a fait une juiverie », « c’est une juiverie » ou encore « la juiverie internationale » pour désigner une forme d’organisation mondiale, une sorte de coalition juive ; éternelle Théorie du complot juif qui fut aussi bien exploitée tant par les anti-dreyfusards que plus tard par les nazis : « ..] Si la juiverie réunie réussissait à déclencher une nouvelle guerre mondiale [.. » (Adolf Hitler)



UNE LONGUE HISTOIRE




Il est impossible de généraliser à la France ou même à l’Europe, le sort qui fut réservé aux juifs tout au long du moyen-âge. Du XIe au XIVe siècle, la condition juive en France varie considérablement selon l’époque et le lieu. Aux différentes vagues d’expulsions, succèdent des périodes d’une relative tranquillité. D’un souverain à l’autre, d’une région à l’autre la tolérance qu’on leur prodigue est moins fonction de la culture, sans la nier pour autant, que de la nécessité économique du moment et tout particulièrement des besoins propres du souverain.



Désignés par l’église romaine comme déicides (L’accusation de déïcide ne sera levée que par le concile Vaticant 2 en 1962), les juifs de l’Europe médiévale auraient-ils pu faire autrement que de se barricader dans leurs ghettos ? Contraints de vivre dans un quartier dont les limites leur sont imposées, ils ont l’obligation de s’enfermer dès le coucher du soleil dans ces juiveries surveillées par un gardien non juif qu’ils ont la charge de rémunérer. Dans cet espace confiné, comment auraient-ils pu survivre sans y organiser une forme de vie sociale et d’administration ?



C’est justement cette forme d’organisation et comme nous l’avons vu, certaines tolérances et octrois de privilèges accordés par quelques ducs ou souverains qui vient souvent fausser notre vision des choses. Encore faut-il ici relativiser le sens du mot "privilèges" tant ceux-ci étaient en échange subordonnés à des services ou des taxes. Ne retenir de l’histoire des juifs en Europe que leurs formes d’organisation au sein des ghettos et leurs soi-disant "privilèges", c’est accréditer la thèse selon laquelle les juifs ont eux-mêmes choisi et institué cette situation. La réalité est sensiblement différente : L’Eglise, comme les Rois, tout en protégeant la communauté juive pour les avantages qu’ils en tirent, poussent par leur attitude ou leurs déclarations, les foules à l’hystérie. Ainsi, les papes d’Avignon « toléraient » que les Chrétiens s’attaquent aux juifs et les frappent durant la semaine sainte. C’est d’abord pour des raisons théologiques que l’église humilie et assujetti, tout en les préservant de l’extermination, les descendants d’Israël. Leur existence incarne à elle seule la suprématie de la chrétienté sur le judaïsme.



Mais sous ce masque idéologique, se cache une autre raison, économique celle là et qui tient plus particulièrement du fait des Princes. Les Papes ont en effet interdit aux Chrétiens le prêt à intérêt. Cette activité financière et bancaire, pourtant indispensable au commerce et aux échanges, bref, à la vie économique du pays, échoit alors aux juifs. Comme il se doit,on oubliera pas, bien sûr, d’y prélever l’impôt, souvent même jusqu’à l’excès. Dans un mémoire consacré aux juifs de Marseille au XIIIe siècle, Lucette Benichou et Barbara Sheffield-Rosenstein, constatent que le prêt d’argent pratiqué par les juifs n’est pas l’activité économique la plus profitable. De même, dans son livre : « Les juifs de Perpignan au XIIIe siècle », le chercheur Etats-unien Richard Emery, montre que ceux-ci étaient aussi souvent emprunteurs que prêteurs et que leurs emprunts étaient souvent supérieurs à leurs prêts.



Cette activité de prêteur, les juifs la paieront très cher. Elle leur vaut, avec l’aveuglement religieux, l’ignorance et les mouvements de masses, d’être régulièrement les victimes innocentes de Pogroms(Pogrom est un mot qui vient du russe. C’est le terme utilisé pour décrire le lynchage massif, spontané ou prémédité, des juifs ou autres minorités d’Europe. Cet acte est accompagné par la destruction des biens : maisons, boutiques, et centres religieux). En France, le pogrom le plus connu est certainement celui des rameaux sanglants perpétré le 13 avril 1348 à Toulon. Lors de l’épidémie de peste noire de 1348, les juifs, accusés d’avoir empoisonné les puits et d’être responsables de l’épidémie, constituent des coupables idéaux. Ceux qui ne sont pas massacrés, sont emprisonnés et dépouillés de tous leurs biens.
Facilitées par l’organisation concentrationnaire des quartiers juifs, ces « descentes » sanguinaires qui se justifient d’elles-mêmes dès lors qu’elle prennent le qualificatif de « punitives », se révèlent être également, par la disparition des créanciers, une occasion (in ?)espérée de s’acquitter de ses dettes.



Mais l’illustration de cette « supériorité » du monde chrétien sur les juifs tient surtout dans les mesures vexatoires, tout autant symboliques qu’économiques qui leur sont appliquées.
Outre l’obligation de résider dans un quartier distinct : la « juiverie », aussi appelée « carrière » en Provence, la société européenne réserve aux juifs les conditions de vie les plus difficiles.



Fréquemment contraints de s’identifier par un signe distinctif comme la rouelle ou le chapeau jaune, les juifs acquittent la plupart du temps les mêmes taxes et droits de péage que le bétail. Poussant l’outrage à l’extrême, certaines villes vont jusqu’à leur faire payer l’air qu’ils respirent. On connaît par les archives, les prix pratiqués par exemple à Augsbourg et à Brême.



Ultime subsistance du servage de la France féodale, ces juiveries médiévales sont donc très loin du quartier tranquille, à l’enceinte protectrice, telles qu’on a pu trop souvent les dépeindre.



Nous ne savons que très peu de chose de la communauté juive d’Etampes au moyen-âge. On peut lire à ce sujet, l’article de Bernard Gineste : Nathan Ben Meschullam. Bernard Gineste - article paru dans les cahiers d’Etampes Histoire N°5. 2003) sur Nathan Ben Meschulam, rabbin à Etampes vers 1150.



Qu’en est-il de la communauté après qu’elle fut chassée en 1182 ?
Y a t-il seulement eu un retour des juifs entre cette date et l’édit de Charles VI ? Ou bien la destruction de la synagogue a t-elle marqué définitivement la fin de leur présence à Etampes ? Nous n’en savons strictement rien.



Il y a, de cette période à nos jours, un vide dans notre histoire locale qui reste donc à combler. Nous pouvons seulement noter que le déclin de la ville d’Etampes comme résidence royale et la fin du monétaire étampois, consti-tuaient des facteurs peu propices à l’implantation d’une nouvelle communauté.



L’édit de 1394 ordonne donc comme nous l’avons vu l’expulsion des juifs du territoire Français, ou pour être plus exact, du domaine Royal car il persistera néanmoins quelques communautés en Alsace, en Avignon ou à Bordeaux.
A paris, une autorisation provisoire leur est même accordée. En dépit d’une relative « stabilisation », la situation de la communauté juive reste très inégale. Ainsi, les juifs de Bordeaux acquiert-ils liberté de commercer et d’acquérir des biens. Jusqu’au XVIIIe siècle, les juifs d’Avignon et du comtat Venaissin doivent rester parqués la nuit dans leurs carrières et sont écrasés d’impôts. En 1782, un tiers des juifs de Carpentras est constitué d’indigents.



Nous devons au siècle des lumières, une réelle prise de conscience de la condition juive. Pourtant, toutes les lumières ne brillent pas du même éclat.



Il faudra par exemple toute la science d’un ecclésiastique étampois : l’abbé Guénée, pour contrer un Voltaire acerbe dans ses critiques à l’égard des juifs. Né en 1717 à Etampes, l’Abbé Guénée est l’auteur de « Lettres de quelques juifs portugais et allemands à M. de Voltaire ».



Mais c’est véritablement le philosophe Allemand Moïse Mendelssohn qui impulsera le mouvement pour l’émancipation des Juifs.



Il sollicite pour cela l’écrivain et historien Christian Wilhelm von Dohm (1751-1820), qui rédige pour lui le premier ouvrage des lumières entièrement consacré à l’émancipation des Juifs. Dohm explique en quoi la mauvaise nature des Juifs prend racine dans les lois oppressives dont ils sont l’objet et non dans la nature des Juifs eux-mêmes.



En abolissant ses lois et en les encourageant à adopter la culture européenne, les Juifs peuvent devenir des citoyens loyaux et reconnaissants. Il influencera de nombreux philosophes des lumières.



Relayées en France par Mirabeau, qui rencontra Dohm lors d’un voyage en Allemagne, ses idées sont en France, à l’origine de tout un mouvement littéraire pour la défense des juifs. Parlant des lois qui frappent les juifs, il dira : « les lois décident une inique partialité pour tous leurs débiteurs, aggravant ainsi toutes les humiliations, les périls, et multipliant par conséquent les ruses d’une nation déjà si opprimée. »



Mais si la sensibilisation des élites à la cause juive progresse, le milieu intellectuel n’est pas la France.



On aura l’occasion de s’en rendre compte avec la convocation des états généraux et la rédaction des cahiers de doléances. Nombre d’entre eux, parlant des juifs, les accusent de monopole, d’usure et les rendent responsables de la pauvreté des petits paysans. Les solutions préconisées n’ont pas de quoi nous étonner puisqu’elles se résument une fois de plus à chasser, punir, assujettir ou interdire.



Néanmoins, le lent mouvement de leur intégration est engagé et l’article 10 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, âprement négocié et difficilement acquis, reconnaît enfin que « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses ».



Il ne reste au second empire qu’à banaliser l’intégration des cultes minoritaires, notamment en termes d’institutions représentatives. En 1852, on dispose des premiers documents sur les élections au consistoire. On notera tout de même qu’en matière de minorités religieuses, la « bienveillance » préconisée par le régime, s’adresse cependant et avant tout aux Protestants. Ainsi, une circulaire ministérielle de 1844 recommande aux préfets la plus grande tolérance vis-à-vis des Protestants. Nous ne trouvons rien de tel concernant les juifs.



Très restreinte dans le département de Seine et Oise, la communauté juive est alors localisée presque exclusivement à Versailles . On y dénombre 294 juifs et 7 seulement dans l’arrondissement de Corbeil. Nous n’avons aucun chiffre concernant l’arrondissement d’Etampes. Liberté et tolérance n’empêchent cependant pas la communauté juive de rester sous la surveillance de l’administration qui procède périodiquement à des recensements de sa population. La mesure est néanmoins contestée par quelques-uns. Ainsi, en 1840, le Maire de Saint Germain en Laye refuse t-il de recenser les juifs de sa ville.



L’évolution des institutions est chaotique. L’évolution des mentalités l’est tout autant et qui plus est, les deux ne vont pas toujours de pair. L’histoire contemporaine, depuis l’affaire Dreyfus à nos jours suffit à démontrer la division du peuple français sur la question.



N’est-il pas édifiant de constater, d’après un sondage effectué dans une dizaine de pays européens dont la France et publié par le journal Libération en 2004, que :
46% des gens interrogés pensent que leurs concitoyens juifs sont « différents », 40,5% pensent qu’ils ont un rapport particulier avec l’argent, 35,7% qu’ils devraient « arrêter de jouer les victimes » .




DES LIEUX ET DES HOMMES :




Donner un nom aux lieux a été de tout temps le moyen de situer son habitation ou de distinguer son champ de celui du voisin. Bref d’associer à un nom, une localisation géographique précise. Des siècles plus tard, la toponymie d’un lieu, nous en apprend souvent beaucoup sur les hommes qui l’habitèrent.



Qu’il s’agisse d’une villa romaine, d’un lieu de culte celte ou d’une terre ingrate, nous en savons parfois plus par le seul nom figurant sur le cadastre que par les documents qui ont pu parvenir jusqu’à nous.



Hormis les saints, peu d’hommes ont donné leur nom à une rue du moyen âge. Au milieu des « Saint-Antoine","Saint-Jacques" ou encore "Sainte-Croix", hérités des innombrables chapelles, églises ou hôpitaux de la ville, les noms que l’on retrouve font référence directement à une caractéristique aisément identifiable par le commun des mortels : rue de la Cordonnerie, de la Savaterie, de la Tannerie, du Château, du Moulin « x » ou « y », rue du Cloître, etc.. Les enseignes font le reste et à une époque où peu de gens savent lire, chacun s’y retrouve sans trop de difficultés. En ce sens, avoir une rue de la juiverie du temps de son existence n’a rien de choquant, elle désigne alors simplement le lieu où sont reclus les juifs.



LES PLAQUES INDICATRICES :
UNE NECESSITE ECONOMIQUE, ADMINISTRATIVE ET SOCIALE.




C’est une ordonnance du roi de 1768 qui prescrit pour la première fois aux villes sujettes au passage des troupes, d’apposer des plaques indiquant le nom des rues et de numéroter les maisons.
Il faut pourtant attendre 1788 pour voir le conseil municipal d’Etampes se préoccuper de cette disposition et la mettre en oeuvre. Cinq ans plus tard, toutes les maisons de la ville seront mises dans l’obligation de porter un numéro.



C’est à cette même époque, en 1793, que l’une des mesures révolutionnaires prise par le représentant du peuple à Etampes, le citoyen « Couturier », viendra bouleverser pour un temps, la toponymie étampoise.



Du jour au lendemain, on vit la rue du puits de la chaîne se transformer en rue brise chaîne, la rue du Cloître Notre-Dame en passage Républicain et... la rue de la juiverie en rue de la Liberté. Au moins les noms imposés par notre révolutionnaire faisaient-ils preuve d’imagination, d’une indéniable logique, mais aussi d’une certaine ironie à l’égard du clergé.



La chute du « tyran Robespierre » nous ramènera rapidement à la case départ et signera pour Etampes la fin de cette aventure lexicale. On peu sans doute s’en féliciter pour la plupart des rues qui retrouveront leur appellation traditionnelle, mais on le regrettera assurément pour la rue de la Juiverie. Dommage !



Comme le rappelle Frédéric Gatineau dans son ouvrage consacré à la toponymie de la ville et la commune d’Etampes (Etampes en lieux et places. Frédéric Gatineau, 2003), La rue de la Juiverie changera à nouveau de nom en 1940 pour devenir la rue de Beauce.



Indubitablement, la motivation de ce nouveau vocable différait de l’élan Républicain du citoyen Couturier et l’on ne peut manquer de voir dans la navrante banalité du nouveau nom, la seule volonté d’effacer le souvenir de la présence juive à Etampes.



LAICITE ET COMMUNAUTES




On a beaucoup parlé ces dernières années de laïcité et notre ville n’a pas échappé au débat. L’inscription, sur les frontons des bâtiments publics de la devise de la République : Liberté, Egalité, Fraternité, à laquelle fut ajouté le mot Laïcité avant d’être interdit par le Préfet de l’Essonne, aura eu au moins le mérite, quelque soit l’opinion qu’on puisse avoir sur l’éphémère initiative, d’attirer notre attention sur le sens même de la laïcité.



La loi du 9 décembre 1905 de séparation de l’église et de l’Etat dont nous venons de fêter le centenaire s’inscrit dans la continuité de la Révolution française et de l’article 10 de la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen.



Lorsqu’on évoque cette loi de 1905, on pense essentiellement à l’église catholique. Certes, la première religion de France, qui avait donné lieu au concordat, était la première touchée ; mais il faut aussi se souvenir que les Protestants dès 1802, et les juifs en 1808 puis 1831, avaient eux aussi bénéficié de la reconnaissance de l’état. Ces deux communautés ne demandaient donc pas expressément la séparation. Un proverbe yiddish de l’époque : « heureux comme Dieu en France » ne manquent d’ailleurs pas de nous le rappeler.
Plus qu’un débat sur la religion, le débat sur la Laïcité est d’abord un débat sur l’école. Dès 1901, Il s’inscrit dans le cadre de la lutte contre les écoles congréganistes et affirme la volonté de l’Etat d’instituer son monopole sur l’éducation.



Aujourd’hui encore, le débat repose en grande partie sur l’école. Mais cette fois pour d’autres raisons, y compris les plus mauvaises, qui relèvent du nationalisme, du populisme ou de l’intégrisme religieux. La circulaire de 1994 puis la loi du 5 Février 2004 sur le port des signes ostentatoires ne préserve la laïcité qu’au prix de l’exclusion.
Elle nous confronte une fois de plus à la recherche du « vivre ensemble ». Cette loi ne l’oublions pas, ne constitue pour l’essentiel qu’une parade et certainement pas une solution qui elle, découle nécessairement d’une lutte incessante contre les discriminations sous toutes leurs formes de manifestations.



A la déclaration de Royer-Collard : « La démocratie n’est autre chose que l’égalité des droits », Jaurès ajouta dans son discours publié dans le journal l’Humanité du 2 août 1904 : « Or, il n’y a pas d’égalité des droits si l’attachement de tel ou tel citoyen à telle ou telle religion est pour lui une cause de privilège ou une cause de disgrâce ».
Cette quête du Vivre ensemble ne comporte pas de combats mineurs. Si le tag d’un symbole nazi sur un édifice constituent une agression pour la communauté juive, une plaque portant un nom ressenti comme une atteinte ne s’en différencie pas dans son principe.



CES VILLES QUI ONT UNE RUE DE LA JUIVERIE




L’association « Union des Juifs de France et de leurs Amis » travaille depuis plusieurs années Sur des thèmes comme l’abolition des appellations « rue de la juiverie » ou l’indication sur les plans officiels de tous les édifices religieux, qu’ils s’agisse des églises ou des temples protestants, mais aussi des mosquées et des synagogues.



En 2001, quarante trois villes de France comportaient une rue de la Juiverie parmi lesquelles, Béziers dont nous avons déjà parlé, mais aussi Chambéry, Lyon ou Nantes.



Béziers nous l’avons vu, sortait de ce club fermé en 2002 en renommant sa rue de la juiverie rue de la petite Jérusalem. Le 19 août 2003, c’était au tour de la ville de Fréjus, qui reconnaissait le caractère péjoratif du terme, sans toutefois opter pour un nom perpétuant le souvenir de la présence juive.



Ces premières décisions sont le signe d’une prise de conscience et d’une évolution des mentalités de la part des municipalités et des habitants des villes concernées, mais plus généralement, de l’ensemble des français, sensibilisés par le travail des nombreuses associations qui émaillent notre territoire.



Le travail ne manque pas. Il reste encore bien des villes à convaincre de modifier une appellation qui, selon la loi contre le racisme et l’antisémitisme, ne devrait plus exister.




LE CHOIX D’UN NOM



Le Rabbin Rav Yéhoudad Haddad rappelait à ce propos :
« L’appellation d’une rue est faite pour honorer un lieu ou une personnalité ou encore une victoire nationale. En quoi les rues « juiverie » peuvent-elles être un honneur pour la France ou pour les Juifs ? À moins de transformer ce camp de concentration avant l’heure, d’allure humanisée, en ancien quartier et d’affirmer que d’avoir laissé la vie aux Juifs, c’est suffisant pour être considéré comme protecteur ».



N’est-il pas temps maintenant, de rendre cette dignité aux Français, Juifs ou non Juifs ? Mais effacer ce souvenir, s’il est de plus en plus ressenti comme une nécessité, ne doit pas pour autant entraîner la disparition de toute référence à la présence pluriséculaire des Juifs dans nos villes.



N’avons-nous pas également, en marquant d’une plaque le souvenir de la présence d’une synagogue ou d’un personnage célèbre de la communauté juive (et pourquoi pas une rue du rabbin Nathan ?), une occasion de rappeler l’extraordinaire diversité du peuple Français ?



Il n’y a plus guère aujourd’hui de Gaulois qu’Astérix et Obélix. Les invasions, les cohabitations, les vagues d’immigrations, les échanges, ne peuvent faire de nous un peuple que dans la mesure oン nous avons une même volonté d’unité.



Les intégrations de populations étrangères se sont faites parfois de façon assez rapide. D’autres fois, et l’actualité aime à nous le rappeler sporadiquement, elle est plus lente, plus douloureuse aussi.



Ce « vivre ensemble » ne tient souvent qu’à une somme de petits gestes. Petits, certes ! mais jamais anodins. Une expression, un seul mot, peut suffire à établir la confiance ou engendrer la haine.



Changer le nom d’une rue peut être l’un de ces petits gestes là.



POST SCRIPTUM



Héritiers de l’histoire, nous en gardons le souvenir sans en être pour autant responsables. Nous sommes seulement responsables de l’interprétation que nous en faisons. Pour cela, notre attitude ne doit sûrement pas être le fruit d’une culpabilité qui n’aurait pas de fondement mais simplement l’expression d’un désir de fraternité et de justice.



L’histoire est un tout, il y a seulement différentes façons de la regarder. Celle de la France et des juifs en est bien l’illustration. Il m’a paru difficile, voire impossible de traiter un pareil sujet sans aborder tous les aspects de notre histoire, y compris les périodes où, comme le disait André Malraux : » L’Homme se mit en tête de donner une leçon à l’enfer ».



J’ai longtemps hésité à faire connaître ce livret. Composé de notes personnelles, il résulte d’une envie de comprendre et d’un besoin d’apprendre. Il serait vain d’y voir les signes d’un philosémitisme forcené (à fortiori si j’en crois Israël Shamir qui disait : « un philosémite c’est un antisémite qui se sent obligé d’aimer les Juifs ».).



J’ai toujours pensé et je pense toujours qu’il faut faire les choses non pas parce qu’il est bien, ou pire ! de bon ton de les faire ; mais simplement parce qu’on pense qu’il est juste que cela soit fait.



Le reste dépend de votre perception, vous pouvez trouver la démarche démagogique ou intéressante. Quoi qu’il en soit, ces quelques éléments alimenteront je l’espère, votre propre réfexion.



 François JOUSSET



REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES, DOCUMENTATION



TODA : le magazine édité par l’Union des Juifs de France et de leurs Amis (U.J.F.A)



LES JUIFS DE LA FRANCE DU NORD DANS LA SECONDE MOITIE DU XIVéME SIECLE : « LA VIE CONDITIONNELLE DES JUIFS EN FRANCE ».
Nejman Joshua - Séminaire israélite de France, première année.



LA REVOLUTION FRANCAISE ET LES JUIFS
P. Girard - chez Robert Laffont à Paris - 1989.



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ETATS GENERAUX
Grand Rabbin Maurice Liber - Peeter, louvain à Paris - 1989



ETRE JUIF DANS LA SOCIETE FRANCAISE DU MOYEN-AGE A NOS JOURS
Béatrice Philippe - chez Montalba - 1979.



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ETATS GENERAUX, LA SITUATION SOCIO-POLITIQUE DES JUIFS EN FRANCE
Nejman Joshua - Séminaire israélite de France deuxième année - Professeur : Gérard Nahon -



LES JUIFS DE FRANCE : DE L’EMANCIPATION A L’INTEGRATION,1787-1812.
Nejman Joshua - Séminaire israélite de France troisième année - Professeur : Gérard Nahon -



NATHAN BEN MESCHULLAM
Bernard Gineste - article paru dans les cahiers d’Etampes Histoire N¡5. 2003.



1905-2005, UN SIECLE DE LIBERTE ET DE RESPECT
Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme.
LICRA - Sous la direction de Richard Séréro et Philippe Benassaya. Paris 2005



LE ROLE DES CAMPS DE PITHIVIERS ET BEAUNE-LA-ROLANDE DANS L’INTERNEMENT ET LA DEPORTATION DES JUIFS DE FRANCE.
Par Benoît VERY, historien chargé de recherche au CERCIL.



ENCYCLOPEDIA JUDAÏCA, t971, Article France.



DICTIONNAIRE DE LA FRANCE MEDIEVALE
Par Jean Favier.



CONVOI N°6
Destination Auschwitz 17 juillet 1942- « En surnombre dans l’économie nationale »
Association Mémoires du Convoi n°6 et Antoine Mercier
Edition -Le cherche midi- 23 rue du Cherche-Midi 75006 PARIS



LA LAICITE, ACTES DES COLLOQUES DU SENAT, PALAIS DU LUXEMBOURG-FEVRIER 2005.
Sous le haut patronage de M. Christian Poncelet.



ETAMPES ANCIEN, ECLAIRAGE PUBLIC, PLAQUES INDICATRICES DES RUES, NUMƒROTAGE DES MAISONS A LA FIN DU XVIII EME SIECLE.
Charles Forteau chez Lescene Allien à Etampes 1911.



LES RUES D’ETAMPES ET SES MONUMENTS
Léon Marquis - chez Brière à Etampes - 1881.



ETAMPES EN LIEUX ET PLACES. TOPONYMIE DE LA VILLE ET LA COMMUNE D’ETAMPES.
Fréderic Gatineau- Association, a travers champs- 2003-



DISCOURS ET MESSAGES - EN HOMMAGE AUX JUIFS DE FRANCE VICTIMES DE LA COLLABORATION DE L’ETAT FRANCAIS DE VICHY AVEC L’OCCUPANT ALLEMAND, EN HOMMAGE AU CRIF ET AUX JUSTES DE FRANCE ET EN MEMOIRE DE LA SHOAH.
Jacques Chirac - Publié par FFDJF à l’occasion du dixième anniversaire du discours historique du Président de la République le 16 juillet 1995 au Vélodrome d’Hiver - 2005.



3V 10/14 CULTE ISRAELITE
Archives départementales de l’Essonne - Chamarande.



ADIEU, LA RUE DE LA JUIVERIE
Par Corinne BENSIMON
Article paru dans Libération le mercredi 13 mars 2002 :
« Quarante-trois villes françaises ont une rue de la Juiverie. Parmi elles, Lyon, Nantes et Béziers. Il y a deux ans, le consistoire israélite s’indignait que la France puisse continuer à véhiculer de tels termes qui, selon le dictionnaire de l’Académie française, « désignent en mauvaise part la société juive » et pas seulement un quartier abritant une communauté juive. Béziers, dont le directeur de cabinet du maire, (DL) Raymond Couderc, est un spécialiste de la Palestine, a voulu être la première ville à faire tomber ce symbole de l’antisémitisme. En grande pompe. Ambassadeur d’Israël en France, Elie Barnavi devrait procéder aujourd’hui à l’échange des plaques, entouré d’une centaine de représentants de la communauté juive du Midi de la France. Logée au pied de la cathédrale, la rue de la Juiverie s’appellera donc désormais rue de Petite-Jérusalem. Par deux fois, notamment en 1209 lors du sac de la ville par les croisés, la ville de Béziers a protégé la communauté juive. Elle avait alors refusé de livrer cathares et juifs aux troupes de Simon de Montfort. Cet acte de refus et la prospérité de la communauté juive valurent au quartier le surnom de « Petite Jérusalem ». »



LES JUIFS A PERPIGNAN AU XIIIe SIECLE
Richard EMERY



 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU XIIIe SIECLE
In : « Mémoire sur l’histoire des juifs d’Aix en Provence ».
Par Lucette BENICHOU et Barbara SHEFFIELD-ROSENSTEIN sous la direction de Herbert MAZA

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