NOTES SUR LA VIE DE DOM BASILE FLEUREAU ET SUR SA FAMILLE

Il est incontestable que Dom Basile Fleureau est né à Etampes. Il présente au public les Antiquités de la Ville et du Duché pour éviter, dit-il lui-même dans la préface de son ouvrage, « le blâme que l’on pourrait lui donner avec justice, d’ignorer les choses qui sont autrefois arrivées dans la ville et le pays de sa naissance ».

Article mis en ligne le 30 janvier 2015
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Sa famille était depuis longtemps fixée à Etampes : son aïeul, Hervy Fleureau et son père, Claude Fleureau, sont cités en qualité de procureurs au Bailliage dans divers documents du temps et entre autres dans la Rapsodie de Pierre Plisson, avocat du Roi, œuvre contemporaine de celle du savant Barnabite, qu’elle complète. Nous y lisons : « Le R. P. Fleureau, supérieur du couvent d’Etampes [est] le fils du feu Sr Fleureau, procureur... qui a laissé à ses héritiers un inventaire de tous les titres de l’Hôtel-Dieu et des mémoires 2 »

Hervy Fleureau avait épousé Jeanne Delafolie, fille de Philbert qui est cité dans le martyrologe de l’église Cie St Gilles, à l’occasion d’une sentence prononcée contre lui par le Prévôt d’Etampes, le 8 mai 1566, le condamnant à payer une rente de 20 sols qu’il devait à la Fabrique et à en passer titre nouvel. L’origine de cette rente remontait à l’année 1492. Le 15 octobre 1596, Jeanne Delafolie, alors veuve, fit acte de reconnaissance de cette dette qu’elle transmit à ses héritiers. Nous voyons, par un titre du 8 février 1661, qu’elle était, à cette époque, acquittée par sa petite-fille, Marie Elisabeth Fleureau, femme de Noël Jolly.

Jeanne Fleureau, épouse d’Etienne Poignard, et Geneviève Fleu­reau, femme de Mathieu Bonnant, que l’on peut supposer sœurs de Hervy, sont mentionnées dans les registres paroissiaux en 1579 et en 1587.

En quelle année Dom Fleureau est-il né ? Jusqu’ici cette question était restée sans réponse. On savait par un ouvrage publié à Rome en 1836, que M. Michel nous a fait con­naître en 1874, qu’il était entré dans l’Ordre en 1631, à l’âge de 19 ans. Il n’y a pas à douter de l’authenticité de ce renseignement, car l’auteur du livre, le P. Ungarelli, également Barnabite, avait à sa disposition les archives de la Congrégation et pouvait puiser aux sources les plus sûres pour écrire la notice, malheureusement trop courte, qu’il nous a laissée sur son prédécesseur, notice que M. Paul Pinson a intercalée dans sa préface à l’Histoire de l’Abbaye de Vil­liers (3).

Donc notre Historien serait né vers 1612. Or, ainsi que nous l’avons déjà dit dans l’article intitulé « L’Acte de baptême de Dom Basile Fleureau », inséré en 1901 dans le Bulle­tin de Corbeil et d’Etampes, nous avons trouvé, en compulsant les registres paroissiaux de SI Basile, qui remontent à l’année 1563 et sont les plus anciens de la ville après ceux de Notre-Dame (1545), l’acte suivant : « Le mardy XXVIIe de mars audit an (1612), a esté baptisé Alexandre, fils de maistre Claude Fleureau, procureur au bailliage d’Estampes, et de Marie Duquesnel, ses père et mère ; les parains, honorable hM Nicolas Bessin, greffier de l’Election dudit Estampes, nominatif ; et Simon, fils de noble hoe Mre Alexandre Duquesnel ; la maraine, Claude Duquesnel, fille dudit Duquesnel ». Signé : Bessin, Duquesnel, Simon Duquesnel et Guyton, vicaire, pour le curé de SI Basile, Guillaume Chassecuiller, chanoine de Notre-Dame.

L’enfant baptisé le 27 mars 1612 ne peut être que Basile Fleureau, malgré la différence du prénom qui s’explique par ce fait qu’il était d’usage chez les Barnabites, comme dans la plupart des commu­nautés religieuses, de changer celui que l’on portait en faisant pro­fession. Fleureau nous en fournit la preuve au chapitre 16 de la 2è partie de son livre (p. 437), en disant qu’après sa prise de possession d’habit, le P. Jacques Antoine Morigia, l’un des fondateurs de l’Ordre, prit les noms de Jean Baptiste Morigia. Nous en avons d’autres exemples certains au 18e siècle : Jean Baptiste Guyot, qui fut supé­rieur à Etampes vers 1767, s’appelait en religion Dom Bernard Guyot ; Pierre François Hureau est dit Dom Thimothée ; le Fr. Jean Avantay, Fr. Eloy, barnabite ; Henry Edme Camuzat, dom Jean Pierre Camuzat, etc.

On peut croire, par conséquent, et cela n’a rien qui puisse sur­prendre, que notre historien entrant en religion, a changé son pré­nom d’Alexandre en celui de Basile, nom du patron de l’église de sa paroisse natale.
Il est vrai et M. Boulé le constate dans une notice publiée par le Bulletin de Corbeil et d’Etampes (4) - que Basile Fleureau déclare dans son livre (p. 451), qu’en 1616, il assista à la dédicace de l’église des Capucins et qu’il y vil « un grand concours de peuple de toutes conditions ».

M. Boulé en conclut qu’à cette époque il devait avoir l’âge de raison. Ceci ne nous paraît pas une preuve contre ce que nous avançons ; un enfant de quatre ans pouvant parfaitement garder plus tard le souvenir d’un événement marquant qui l’aurait alors fortement impressionné.

On ne peut nier d’ailleurs que la date de 1612 ne s’accorde exac­tement avec l’âge de Dom Fleureau en 1631, donné par le P. Un­garelli.
Claude Fleureau eut un autre fils dont il n’est plus parlé ultérieu­rement : Claude Simon, baptisé le 25 juillet 1613, qui eut pour parrain Mtre Alexandre Duquesnel, autrefois procureur du Roi à La Ferté-Alais, son grand-père, et, pour marraine, sa tante, Made­leine Fleureau, fille de Hervy Fleureau, en son vivant procureur au bailliage d’Etampes.

Claude Simon n’aurait eu que dix-huit ans en 1631 ; il ne peut être confondu avec son aîné. En 1617, naquit une fille, Marie Elisabeth, dont les parrain et marraine furent maître François Duquesnel, avocat en Parlement, et Marie Sevestre, veuve de « feu Artus Lelong, vivant escuier, tenant la poste pour le Roy à Estampes ».

Marie Elisabeth, souvent cilée dans les registres paroissiaux, épousa Noël Jolly vers 1636, ou 1637, et en eut un fils né en 1638, et une fille née l’année suivante. Il est probable que tous deux mou­rurent jeunes. Une pierre tombale conservée autrefois dans l’église de St Gilles et que M. Léon Marquis a signalée dans les Rues d’Etampes (p. 246), rappelait le souvenir de Noël Jolly et de ses père et mère. On y lisait :

D. O. M.
Icy reposent Savinien Jolly,
Officier de Monsieur Frère du Roy, et Anne Fortier, sa femme, Noël Jolly leur fils, chef d’eschansonnerie Du même Prince, a fondé à perpétuité en cette église pour luy et pr
[sesd.père et mère,
un service solennel des morts, avec vigiles à neuf leçons, et une grande messe le lendemain de St Savinien, à l’effet de quoy Marie Elisabeth Fleureau, veuve dud. Sr Jolly, a fait délivrance aux Sr. curé et margrs, par acte du 11 Nobre 1622,
reçu par Le Vassor notre d’une rente de sept livres dix sols (5)
conformément au testament dud. Sr Jolly, Requiescant in pace.
 

La date de 1622 est manifestement erronée, puisque Marie Eli­sabeth Fleureau était né en 1617. Nous avons déjà constaté une semblable erreur dans notre article du 23 juin 1907 de l’Abeille d’Etampes, « Sur deux pierres tombales de l’Eglise de S. Gilles ».
Indépendamment de sa charge près du Duc d’Orléans, Noël Jolly avait été échevin de la ville d’Etampes, et élu en l’élection.

On sait que dom Basile Fleureau mourut avant de voir l’impres­sion de son livre, et que dom Rémy de Montmeslier, son confrère, fut chargé par les autorités de la ville de le revoir et d’en faire la publication.
Ce religieux, qui fut Supérieur des Barnabites de 1677 à 1680, est l’auteur de l’Esprit de St Paul, petit livre qui eut beaucoup de succès, d’après M. Bigault de Fouchères (6).
On sait aussi que ce fut grâce aux libéralités de Madame Jolly que cet ouvrage pour nous inestimable, put paraître en 1683.

Dom Rémy de Montmeslier le reconnaît en ces termes à la fin de son épître aux magistrats et habitants de la ville d’Etampes.
« Je ne puis cependant me dispenser sans injustice de témoigner au public qu’après le P. Fleureau ; vous êtes redevables de ce livre à madame Jolly, sa sœur. Cette sage veuve, l’exemple des personnes de son sexe, sçachant que la charité ne se contente pas d’orner le cœur où elle réside, mais qu’elle l’épand toujours, quand elle le peut, les mérites sur son prochain, en luy procurant quelques avantages ;­ après avoir employé une partie de ses biens à soulager la misère des pauvres, et à embellir les Temples et les Autels, a creu qu’elle ne pouvoit rendre un service plus considérable à sa patrie, qu’en secondant les desseins de son frère. Et nous pouvons dire que les soins, les veilles et le travail du frère eussent été inutiles, si la sœur n’eust donné les moyens de les mettre au jour, ce qui ne peut sans doute que leur acquérir une gloire immortelle par celle qu’ils procurent à leur patrie ».
 
Madame Joly mourut en 1704 ; elle fut inhumée, selon son désir, à côté de son mari, mort avant l’année 1678, dans la chapelle de la Vierge de l’église de St Basile, près de la sacristie.
Elle a laissé des testaments qui nous donnent des détails intéres­sants sur sa famille. Nous en devons la communication à l’obli­geance de M. Max Legrand.

Nous y voyons que Claude Fleureau est décédé le 24 février 1640, et sa femme, Marie Duquesnel, le 11 mars 1654, que tous deux fu­rent inhumés dans l’église des Cordeliers, proche et tenant l’autel de Notre-Dame de Lorette, où une plaque de marbre noir rappelait le legs d’une rente perpétuelle de dix Ilvres aux RR. PP. Corde­liers, à la charge de messes et services religieux, fait par la Dame Jolly en mémoire de ses père et mère.

Elle donna aussi aux RR. PP. Barnabites de la maison S. An­toine, la somme de 800 livres tournois, qui devait être employée pour accroître leur église, ou bâtir une chapelle à côté pour la com­modité du public, à charge de payer une rente viagère de dix livres tournois à sa servante, et de faire célébrer dans l’église une messe basse tous les premiers dimanches de chaque mois à son intention et encore un service solemnel des morts, composé de vigiles à neuf leçons et de laudes, et ensuite une grande messe de requiem tous les ans à perpétuité, suivie d’un Libera, sur la tombe du R. P. D. Basile Fleureau, religieux de la congrégation, qui est enterré dans l’église, devant le confessionnal du R. P. Dominique, à main gauche au bas du pas de pierre ». Le legs fut augmenté de 150 livres par un codicille.

Le P. Dominique Gavinet dont il est question ici, fut supérieur des Barnabites d’Etampes de 1701 à 1707, et de 1716 à 1722.
Marie Duquesnel fit aussi un don de 2000 livres au couvent dont son fils était l’un des membres, moyennant une rente de cent livres à sa fille Elisabeth.

Il ressort de ce qui précède et le point est désormais fixé ­que Basile Fleureau est mort à Etampes et qu’il fut inhumé dans l’église, ou chapelle de St-Antoine, qui avait été concédée aux Barnabites en 1629. L’ancien hôpital leur servait de maison con­ventuelle.

Il est probable que ses restes reposent encore sous le sol de cette chapelle aujourd’hui transformée en réfectoire du Collège. La ville d’Etampes s’honorerait en les faisant rechercher pour les trans­porter au cimetière de St-Basile, où un monument pourrait rap­peler la mémoire de notre grand historien.

Madame Jolly fil encore d’autres legs : à l’église de Saint-Basile, elle attribue une rente de 50 livres tournois à prendre sur divers immeubles, entre autres sur une maison lui appartenant, située rue Saint-Antoine, qui lui venait de sa tante Madeleine Fleureau.
A l’église de Saint-Gilles, 500 livres devant produire 25 livres de rente annuelle (testament du 7 avril 1675) ; cette rente était parti­culièrement affectée à la confrérie de la Charité de la paroisse. Plus 30 livres à Péglise S. Pierre de Dhuison, où était la sépul­ture, ou du moins le cœur de ses grand-père et grand’mère Du­quesnel « afin d’aider à avoir quelque ornement pour parer cette pauvre église, ou à quelque autre besoin ».

On a vu qu’Alexandre Duquesnel avait été procureur du Roi à La Ferté-Alais. Il habitait sans doute la paroisse de Dhuison dont l’église était si pauvre en effet que, faute d’entretien, le comble de la nef était tombé en 1685.
Quelques parents sont mentionnés dans des legs particuliers :
Elle laisse des effets d’habillement « par charité, considérant sa pauvreté », à Perrine Guyot, femme de François Fleureau, dont le fils également prénommé François, né vers 1667 et mort en 1729, fut enterré dans l’église de Si-Basile. La testatrice donne en­suite 50 livres à chacune des deux filles de Perrine Guyot et de François Fleureau, et 50 livres à la veuve Poitier, née Fleureau, « fort pauvre », sur laquelle nous n’avons pu trouver de rensei­gnements. Nous savons seulement, par le testament, qu’elle était la tante de Marie Desforges, petite-fille de Marie Fleureau, très proche parente de Dom Basile et qui avait épousé Pierre Des­forges, maître de l’hôtellerie de la Fontaine qui a subsisté presque dans ces derniers temps.

Disons en passant que le petit-fils de ce Pierre Desforges, issu de Pierre Desforges et de Françoise Hautin, fut le fameux cha­noine de Ste-Croix si connu par son excentricité, ses malheureux essais d’aviation et ses écrits bizarres.
A Marie Desforges, plus tard épouse d’Antoine Parizot, qui fut échevin, et qui est morte en 1710, âgée seulement de 27 ans, Madame Joly légua six cuillers d’argent et le livre « Le Guide des Pécheurs ».

Indépendamment de Marie Fleureau, femme de Pierre Desforges qui est citée dans les registres paroissiaux de St-Gilles en 1660, et dans le Martyrologe en 1680 et 1701, le procureur Claude Fleureau a du avoir d’autres enfants que ceux qui ont fait l’objet de cette notice, et dont nous n’avons pas les actes de baptême, Nous voyons qu’en 1703, une dame Catherine Fleureau épouse Fortin, est in­humée dans l’église de St-Basile, dans la chapelle de la Vierge, près de la sacristie aux côtés de Noël Jolly, que Marie Élisabeth Fleureau, sa femme, y vint rejoindre en 1704, ce qui semblerait in­diquer que Madame Fortin et Madame Joly étaient les deux sœurs.
Peut-être y a-t-il encore aujourd’hui à Etampes, ou dans les en­virons, des descendants de cette famille Fleureau qui parait y avoir été assez nombreuse aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ?
 
Basile Fleureau, rapportent ses divers biographes, fut mis d’abord au Collège de sa ville natale, dont le principal était alors Jean Albert, maître ès-arts et licencié ès-lois ; il y fit, dit-on, de bril­lantes études qu’il alla compléter à Paris, où il prononça ses pre­miers vœux solennels et, en mai 1631, ainsi que nous l’avons dit, il entra dans la Congrégation des Clercs réguliers de S. Paul, ou des Barnabites, nom qui fut donné à ces religieux parce que leur première église avait été bâtie à Milan, sur l’emplacement d’une autre église dédiée à S. Barnabé.

En 1647, il fut envoyé à Montargis pour y enseigner la philosophie dans l’établissement de son ordre fondé dans celle ville en 1620. Il en devint Préfet en 1656.
Il fit ensuite un voyage en Italie et, à son retour, il entra au cou­vent des Bamabites d’Etampes, chargés depuis l’année 1629 de la direction du Collège, après le départ du successeur de Jean Albert, Claude Vuaflard, renvoyé par la Ville à cause de ses mauvaises mœurs.
La science des religieux et les bons soins qu’ils prenaient de leurs élèves à Montargis, avaient déterminé les magistrats d’Etampes à les choisir après enquête.

De 1629 à 1644, il n’y eut point de supérieurs titulaires, mais seulement d’après M. Saisset, un supérieur renouvelé chaque année. Basile Fleureau fut élu à cette charge en 1662 ; il la conserva jusqu’en 1668, étant le premier qui eût fait deux triennats : depuis 1644, les Supérieurs étaient élus pour trois ans. Il avait succédé au P. Augustin Bourdin, et il fut remplacé par le P. Thomas Duchesne qui, en 1669, prononça « éloquemment et doctement » l’oraison fu­nèbre au service célébré à Notre-Dame pour le repos de l’âme du Cardinal de Vendôme, duc d’Etampes.
 
Ce fut pendant le temps qu’il dirigea le Collège que Dom Basile Fleureau écrivit les Antiquités de la Ville et du Duché d’Etampes, ouvrage qui constitue l’histoire la plus complète de ce lieu jusqu’à la même année 1668, date à laquelle s’arrête précisément sa rela­tion des faits historiques, relation qui servira toujours de base à nos études locales et qui n’a pas été égalée. Emule des Dom Morin, des Labarre, des Duchesne, des Rouillard, des Lescornay, des Lebeuf, etc., que d’épisodes de notre histoire particulière nous seraient sans lui demeurés inconnus !

Il nous raconte lui-même dans sa préface comment il a procédé :
« Je ne dis rien de particulier dans mon ouvrage que je ne l’aye extrait des historiens dignes de foy, dont la plupart vivoient au temps que les choses dont je parle se sont passées ; ou que je n’en apporte les preuves par les copies de titres authentiques que j’ay soigneusement recherchez, avec l’aide de mes amis, dans le Trésor des Chartes de Paris, dans les Greffes de la Chambre des Comptes, du Parlement et autres, dans les Cartulaires des Églises et des Monastères, ou qui m’ont esté fournis par ceux qui les ont en leur possession ».

Jusqu’ici aucune édition nouvelle n’a été faite du livre de Dom Fleureau, qui devient très rare et d’un prix très élevé. M. Paul Pinson a bien voulu nous communiquer une page de sa Bibliographie de l’arrondissement d’Etampes, remplie de documents extrêmement intéressants, et encore manuscrite, ce qui est regrettable. La note qui y est insérée prouve que depuis longtemps l’œuvre du Bar­nabite a tenté les érudits. Voici cet extrait :
« Une nouvelle édition de cet ouvrage précieux, purgée des fautes typographiques et augmentée de notes et de différents accessoires reconnus aujourd’hui indispensables, devait paraître en 1870 sous les auspices de M. Henry de La Bigne, avec la collaboration de MM. Dramard, Pinson et Marquis. Malheureusement l’invasion al­lemande et la mort de notre compatriote, arrivée en novembre 1871, ont empêché peut-être pour longtemps la réalisation de cette en­treprise patriotique ».
Nous ne parlons que pour mémoire de la publication incomplète, avec un texte modifié et arrangé, qu’en fit un journal local, il y a un certain nombre d’années.

Combien il serait à désirer que quelqu’un de nos savants con­frères, M. A. Boulé, par exemple, à qui l’on a prêté cette intention, voulût bien reprendre cette idée !
A l’exemple de ce qui a été fait pour Dom Morin, l’auteur du Gastinais, il faudrait faire reparaître textuellement l’ouvrage du docte Barnabite, sous sa forme originale, avec ses chartes et ses documents, en l’accompagnant de notes explicatives et en rectifiant les quelques erreurs inévitables qui s’y trouvent.

M. Henri Stein, l’érudit secrétaire de la Société historique et archéologique du Gâtinais, a publié, en 1896, dans les Annales de cette Société (p. 160), deux lettres inédites de Dom Basile Fleureau dont les originaux existent à la Bibliothèque de l’Institut, portant la date de l’année 1664, « qui indiquent bien sa préoccupation constante de s’instruire et de préparer un travail sur Etampes ", dit M. Stein. « Elles sont toutes deux adressées au célèbre géo­graphe Adrien de Valois. A la première sont joints un questionnaire relatif à l’explication de certains mots latins dont il ne pénétrait pas suffisamment le sens, et surtout à la valeur des monnaies du XIIe siècle comparée à celle du XVIe, et la copie de la charte de Louis VII en 1141. Dans la seconde, il témoigne « une grande joie de savoir où il pourra voir de la monnaie battue à Etampes ».
Nous trouvons aussi dans les registres municipaux de la Ville, à la date du 6 Août 1670, une note écrite de la main du maire, René Hémard, qui rappelle également les travaux de dom Fleureau et rend justice à son esprit d’ordre.
 
« En mon absence, a esté signifié une ordonnance du sr Tréso­rier de France de la Généralité de Paris, aux Maire et Echevins de la ville d’Estampes, pour rapporter les titres du barrage dans quin­zaine ; après lequel temps deffenses de le lever. Ledit bureau a coutume d’en user ainsi de temps en temps ; néanmoins comme le ministère est extraordinairement exact, et que les dits srs trésoriers font presque seuls les fonctions d’intendans, ou de Commissaires délégués en cette Généralité, nous avons fait rechercher les titres dudit barrage autant qu’il s’est pu, et nonobstant, la notoriété que la plupart des papiers publics ont esté enlevez par des particuliers, et avons trouvé seulement une petite liasse concernant ledit bar­rage apostillée en 1664, ou 1665, par le R. P. FLeureau, barnabite, auquel lesdits titres restans avoient esté communiquez, pour ser­vir à l’Histoire par Luy composée dudit Estampes, et desquels il dit avoir fait inventaire donné à M. Migault, assesseur, lors maire, qui ne se trouvent point ".
 
Nous relevons très peu d’incidents pendant le principalat de dom Basile Fleureau. Le 24 octobre 1666, le Provincial des Barnabites vint faire une visite au Collège d’Etampes, et constata dans son rapport au Géné­raI de l’Ordre que le local, tant pour les classes que pour les Religieux, était suffisamment vaste et commode, qu’il comprenait deux jardins, et qu’il était situé dans un pays dont l’air est très sain.

Il paraît que, du temps de Fleureau, il n’y avait plus au Collège qu’un seul régent, car en juin 1670, sur la demande des Barnabites, les autorités de la Ville les autorisèrent à en avoir un second à rai­son de 100 livres par an, à prendre sur le receveur des deniers communs.
Le barnabite Ungarelli, dans la notice déjà citée, ne parle ni du lieu, ni de la date de la mort de Dom Fleureau ; M. Dramard, et avec lui M. Léon Marquis pensent qu’il mourut en 1668.

Cette date resta ignorée jusqu’à ces derniers temps, ce qui est sur­prenant puisqu’elle devait être gravée sur la pierre qui recouvrait ses restes dans la chapelle S. Antoine. Par lettre du 11 octobre 1748, le Provincial des Barnabites de Paris la demanda au supérieur d’Etampes qui était alors le P. de Castillon, au nom du P. de Boir­vaux, parent des petits-neveux de Dom Fleureau. Cette demande restée sans réponse fut renouvelée le 1er janvier suivant sans plus de succès, ce qui prouve qu’on ignorait la date de ce décès.

M, Pinson, qui nous fournit encore ces détails, a publié dans les Annales du Gâtinais (1893), une autre œuvre de notre historien intitulée : Briefve Histoire de l’Abbaye de Notre-Dame la Royale de Villiers, près de la Ferté-Alais, dont le manuscrit porte cette men­tion : « Achevé le 25" d’octobre 1669 ».

Il en résultait la certitude que Fleureau vivait encore à la fin de l’année 1669, quand notre confrère et compatriote eut la bonne for­tune de découvrir par hasard, l’époque très probable de sa mort, « c’est une quasi certitude », affirme M. Boulé. - M, Pinson a vu, ou possède un exemplaire des Antiquités d’Etampes, ayant appartenu à M. Petit de Mézières, d’une famille bien connue à Etampes, sur le titre duquel est inscrit d’une écriture ancienne : « Mon oncle Fleureau est mort à Etampes au mois d’Avril 1674, » Signé Boudeaux.

Ce nom est imprimé « Boureaux » dans l’article inséré dans le Bulletin de Corbeil-Etampes (1898, p. 31), intitulé « la date de la mort de dom Basile Fleureau », c’est une erreur d’impression que l’auteur a rectifiée lui-même dans la lettre qu’il nous a adressée.
Il est regrettable que les registres mortuaires des Barnabites qui ont été conservés, ne l’aient été que depuis 1777 ; nous aurions eu par les plus anciens la confirmation de ce qui précède, et la question eût été définitivement résolue. On sait que chaque cou­vent avait ses registres de sépultures particuliers, et que les actes de décès des religieux ne figuraient pas dans ceux de leur paroisse,
Qui était ce Boudeaux se disant neveu de Dom Basile Fleureau ?
 
Malgré toutes nos recherches dans les registres paroissiaux, nous n’avons pu l’identifier, et nous ne voudrions pas affirmer ce qui est douteux.
Voici cependant ce que nous pouvons dire à ce sujet, peut-être nous rapprocherons-nous de la solution.
Boudeaux est cité dans l’Inventaire des Archives départemen­tales en 1650 et 1651 comme étant élève des Barnabites. Sa mère se nommait Catherine Bouttein ; elle mourut en 1677, deux ans après sa sœur Catherine, femme d’Antoine Parizot l’ainé.

De ces deux derniers naquit Antoine Parizot vers 1665, mort en 1737, qui épousa, comme nous l’avons vu précédemment, Marie Desforges, petite-fille de Marie Fleureau.
Boudeaux était donc le cousin germain de madame Parizot jeune, parente de Dom Fleureau, dont il se disait (peut-être) neveu à la mode de Bretagne.
A moins d’une autre alliance que nous ignorons, il n’était pas le neveu, ni le petit-neveu direct du Barnabite ; cependant nous croyons qu’il résulte de nos recherches qu’il y a un certain rappro­chement à établir entre les deux familles, qui pourrait confirmer l’authenticité de la mention relative à la date de la mort de Dom Basile Fleureau que nous avons rapportée.
 
1. Nous avons édité la Rapsodie dans les Annales du Gâtinais (]909).
2. V. notre notice « Les Restes de l’Hôtel-Dieu d’Etampes en ]665 n, p. 21.Extrait du Bulletin de la Société historique et archéologique de Corbeil,d’Etampes et du Hurepoix, 1903.
3. Annales du Gâtinais, 1893, p. 2.
4. " Dom Basile Fleureau, historien d’Etampes », Œ91. p. 136.
5. Celte rente figure au Martyrologe de g’ Gilles en ces termes : « Noël Jolly a légué 7# 10 sols de rente à la charge d’un obit à neuf leçons, messe, etc Le titre ne dit rien des rétributions, mais le martyrologe de 1661 attribue 40 sols à M, le Curé, 7 sols 6 à chacun des choristes et 15 sols au sonneur, Il reste à l’œuvre 4 livres
6. « Tablettes historiques d’Etampes et des environs ".

Charles FORTEAU



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