SOUVENIRS D’UN DEPORTE DU TRAVAIL

Berlin 1943-45

A la recherche des souvenirs perdus

La mort seule survit à leurs vils tombeaux
Je vois leurs villes, leurs ghettos, leurs vies sauvages, leurs os
Philippe Léotard

Article mis en ligne le 5 février 2015
dernière modification le 23 septembre 2015
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Prologue

Le printemps n’en était encore qu’à ses prémices, mais il y avait déjà dans l’air du petit matin, comme un avant goût de renouveau. Doucement, on s’acheminait vers la fin de l’hiver.
Malgré tout, s’il n’avait été situé en plein bois, protégé des vents dominants par un rideau d’arbres touffus, l’hôpital aurait ressemblé à une vraie glacière. L’établissement, vestige des ces grands centres destinés à l’époque à servir de sanatorium, se situait comme tous ses semblables de la grande couronne Parisienne, en pleine campagne. Construit pour faire face aux grandes épidémies de tuberculose, il s’était peu à peu mué en établissement de soins, accueillant un grand nombre de malades, en particulier des personnes d’un âge déjà bien avancé, placées là en gériatrie.

C’est en ce lieu que je me rendais régulièrement pour y voir mon père.
Sa mémoire avait déjà commencé à fléchir depuis quelques temps, sans que nous n’y accordions plus d’importance.
Petit à petit, s’étaient dessinés alors les contours de la maladie. Après des phases "d’oubli" en apparence anodines, suivirent bientôt des épisodes de violences, le plus souvent verbales. Chez mon père, les verrous naturels qui nous obligent à nous contenir pour rendre la vie sociale supportable, avaient sauté. Plus rien ne le retenait. Je me souviens par exemple de ce jour où, admis à l’hôpital d’Etampes, il s’en était pris à l’infirmière, laissant apparaître un personnage haineux et grossier que je n’avais encore jamais croisé. L’entendre traiter cette femme de « sale négresse » a été pour moi comme un coup de poing. J’avais honte. J’avais découvert ce jour là un homme que je ne connaissais pas et qui me faisait peur. La violence du verbe et ce regard que je n’oublierai pas m’avaient laissés sans voix et sans réaction.

C’est ainsi qu’avait commencé le long enfermement des jours passés sans hier ni demain, cette mort insidieuse sans cadavre.
Imperceptiblement, s’édifiait au fil des jours sans fin, un mur ; fait non pas de pierres ou de briques mais semblable à une tour de verre, laissant apparaître la partie visible des choses sans qu’aucun mot, aucune expression ou le plus petit souvenir ne puisse jamais en franchir la limite.
Je ne saurai jamais si la conscience de mon père a pu conserver quelque réalité même fugace. Bien des fois il me sembla percevoir dans son regard, cette petite flamme. Etait-ce une réalité ? Une impression ? La volonté de ne pas croire que tout puisse être enfoui si profond qu’on ne puisse plus en déceler la moindre trace ?

Cette petite lueur dans ces yeux éteints, n’était-elle qu’imagination ou figurait-elle le sursaut ultime de l’Être, le cri terrifiant de l’âme prisonnière du corps qui se meurt ? Fallait-il la réduire, comme le laissaient entendre les médecins, à une simple mécanique qui se grippe ? Je ne pouvais m’y résoudre.
Les visites se succédaient, faites de silences et d’attentes, toujours égales en ennui et en embarras. Et puis il y eu ce jour où, arrivant à la chambre, je percevais des éclats de voix. Poussant la porte, j’y découvris mon père nu, plaquant son corps déjà décharné le long du mur avec un regard rempli d’effroi. Ses paroles étaient saccadées et traduisaient une peur bien réelle.
« Vite les gars ! Faut s’habiller... ils vont venir nous chercher ! »...
« Dépêchez vous... allons ! Allons ! » ... « Vite ! »...
« Les boches ! »...
Campé là sur mes jambes, sans pouvoir bouger, je n’eus pas le temps de réagir qu’une infirmière arrivait. Elle le couvrit d’un drap. Il s’assit, puis retomba dans un silence dont il ne sortirait plus de la journée.
Je me retrouvais soudainement projeté plus de cinquante ans en arrière, alors que mon père était détenu en Allemagne.

Cet épisode à l’hôpital m’avait sérieusement ébranlé. Aussi loin que je me souvienne, il avait toujours été très discret sur cette partie de sa vie, ne lâchant que quelques bribes, quelques allusions que nous ne pouvions comprendre. Il fallait que j’en sache plus et c’est avec très peu d’éléments que je partais en quête de ses souvenirs perdus.

Et puis, le temps a passé, ma mère s’en est allée à son tour en 2009. Aujourd’hui, il est temps je crois, de reprendre le fil un temps interrompu de mes recherches.
A force de fouiller les vieux papiers de la famille, d’ouvrir les enveloppes et les dossiers poussiéreux, de parcourir les documentations, de faire appel aux souvenirs de mes frères et sœurs, je réunissais les quelques éléments qui me permettent aujourd’hui de tracer une partie de la route qui fut celle empruntée par mon père de 1943 jusqu’à son retour à Étampes en 1945.
Sans doute ce document comporte t-il des inexactitudes, des lacunes surtout. Du moins est-il posé là comme un jalon, un guide pour l’avenir. Un témoin, pour ne pas oublier ce qui fut le sort de plus de 600 000 français, pour certains volontaires, pour d’autres résignés et pour un certain nombre comme mon père, contraints et forcés.

18 ans et la guerre

Je m’appelle Marcel Jousset, je suis né en 1921. J’avais donc 18 ans en 1939 lorsque la France est entrée en guerre contre l’Allemagne. D’une éducation plutôt stricte, j’ai passé une enfance que je ne qualifierai ni d’heureuse, ni de malheureuse, partagée entre l’institution St Grégoire de Pithiviers pour le sérieux et la propriété de la comtesse de St Périer à Morigny, pour la bonne éducation. Grande amie de mon père, elle se montre très bonne pour moi et mes dimanches se passent dans la joie malgré l’absence de ma mère qui me manque. Elle, reste seule, enfermée à Étampes par mon père, transformé par son précédent mariage en une sorte de « barbe bleue », exclusif, autoritaire et tyrannique avec sa nouvelle épouse. Je la sais malheureuse et j’en souffre profondément.
Quand la France entre en guerre, je vois mon père, officier de réserve, revêtir son uniforme de capitaine du Génie. C’est la seconde fois qu’il part en guerre. Homme de principes et d’une rigueur implacable, Paul, mon père, est un conservateur affirmé et ennemi déclaré de la municipalité dirigée alors par le docteur Camu. Quelques années plus tôt, une terrible bataille juridique et politique les a opposés. Le maire, cherchant à se débarrasser de mon père, architecte de la ville, l’accuse de détournement de fonds.
Il faudra à Papa des années de bataille juridique, de justifications de chacun de ses actes pour finir par faire reconnaître son innocence.
Juste retour des choses, il n’aura de cesse à son tour, de faire tomber le maire et finira par y parvenir en le faisant condamner et suspendre de ses fonctions pour 6 mois en 1938.

Il est difficile de vivre avec un tel homme, d’une droiture exemplaire, mais si rigoureux, trop rigoureux. Tellement conservateur et figé dans ses idées que la modernité semblait ne jamais l’atteindre. La rumeur le dira même un temps membre des « croix de feu », organisation d’extrême droite dissoute en 1936. Il n’en était pourtant rien.
Très vite, la tournure que prend la guerre, puis la déroute de l’armée Française le laisse dans un désarroi total. Il ne peut se résoudre à la reddition de Pétain et voit dans sa « collaboration » une trahison. Son retour à la maison est bien celui d’un soldat vaincu. D’un autre côté, il ne croit pas en de Gaulle et laisse son appel sans réponse.
Lui, le héros de la première guerre mondiale, chevalier de la légion d’honneur, n’est plus qu’un homme seul et dépité. Et c’est seul qu’il s’effondrera un jour de 1942 dans la Grand rue d’Arpajon, terrassé par une crise cardiaque.
C’est dans cette ambiance où le pétainisme tente d’imposer sa vision collaboratrice et ultra conservatrice de la société, que je franchis le cap de mes vingt ans.
Je poursuis mes études d’architecture aux beaux arts de Paris mais la chose n’est pas facile. La mort de mon père me laisse, avec ma demi-soeur et ma mère, dans un dénuement total.
A Paris, je réside chez l’un ou l’autre de mes amis et partage mon temps comme tout bon étudiant entre les cours aux Beaux Arts, les copains, les copines et les bistrots parisiens où règne encore un semblant de liberté et d’insouciance.

Le Service Rural
 
Institués dans le cadre des « chantiers de la jeunesse », véritable base sur laquelle le régime de Vichy entend réunir la jeunesse autour des grandes valeurs civiques de la famille et de la patrie, le « Service Civique Rural » est un service d’un mois obligatoire pour tous les jeunes gens et étudiants inoccupés des départements de la région. Le choix est théoriquement laissé entre moniteur dans les colonies de vacances, aide d’un artisan rural, aide d’un secrétaire de mairie ou employé dans les exploitations agricoles, avec la faculté de se faire affecter à une exploitation de son choix. Dans la réalité, c’est plus une affaire de relations et de combines que de choix.
Ce service, je n’entends pas m’y soumettre et je parviens à obtenir du chef de dépôt de main d’oeuvre agricole de Morigny, où je suis rattaché mais aussi grâce à la complicité du docteur Pelletier d’Etampes, une dispense qui me permet de poursuivre mes études sans perdre ce mois de service.

Le Service du Travail Obligatoire (S.T.O).

L’Allemagne demande depuis longtemps à la France de lui fournir la main d’œuvre dont elle a besoin pour faire tourner sa gigantesque machine de guerre. La loi française du 4 septembre 1942 introduit la conscription obligatoire pour tous les hommes de dix-huit à cinquante ans et pour les femmes célibataires âgées de vingt-et-un à trente-cinq ans. Cette loi de coercition est évidemment impopulaire. En dépit de l’opposition qu’elle suscite, en décembre 1942, l’objectif de 250 000 hommes était atteint. Mais cela ne suffit pas aux allemands, faire tourner la machine de guerre exige encore et toujours plus d’hommes. D’abord placée sur la base du volontariat, la loi de février 1943 durcit la précédente pour palier à ce manque de main d’oeuvre. S’instaure alors le Service du Travail Obligatoire (STO), qui concerne les jeunes Français de 21 à 23 ans. Censée reposer sur l’obéissance au régime, l’opération n’est pas plus populaire que la précédente et ne rencontre pas le succès espéré par le gouvernement de Vichy. Les efforts de propagande déployés, reposant sur la diffusion de reportages filmés et d’articles agrémentés de photos de presse, ne portent pas leurs fruits. 10% des jeunes hommes concernés prennent le maquis. Curieusement, une bonne partie d’entre eux s’engage dans la police pour échapper au STO. C’est d’ailleurs ce rajeunissement radical qui fera plus tard de la police un foyer de résistance non négligeable. Si en mai 1943, on peut encore montrer des photos de départ des jeunes français vers l’Allemagne, avec des quais bondés, des familles joyeuses et des adieux pleins de ferveur, dès le mois de juillet, beaucoup de ces « volontaires » sont en fait, des jeunes ramassés lors de contrôle exercés par la police allemande mais aussi française. Si les embrassades ont la même ferveur, elles sont en revanche beaucoup moins joyeuses. Les familles ne remplissent plus les quais, les travailleurs en partance ont moins d’entrain.
Encore une foi, c’est grâce à la complaisance de certains médecins étampois, que je parviens à échapper dans un premier temps au S.T.O. Requis par les autorités allemandes le 21 janvier 1943, c’est à nouveau le docteur Pelletier en février 1943 qui me permet de gagner du temps. Décidément pourvu d’un zèle peu ordinaire, il décèle une appendicite chronique pour laquelle j’ai d’ailleurs été dispensé l’année précédente de service civique rural. Il est relayé en juin par le docteur Lacheny qui confirme le diagnostic. Entre la guérison qui tarde et l’opération qu’il hésite à prescrire, il recommande de n’effectuer aucun travail un peu « rude ».

L’arrestation

Me sentant protégé par mon statut de malade, je ne me cache guère de la police ou des allemands. Ce départ outre Rhin, je ne l’avais donc pas programmé et je ne l’avais surtout pas imaginé. 

Nous étions le 20 juillet 1943, j’étais tranquillement accoudé au comptoir avec quelques copains dans un bistrot du quartier latin, lorsqu’une descente de police nous prit tous de court. Ayant du mal à justifier de ma présence en ce lieu, incompatible avec mon invalidité supposée, je fus sitôt embarqué avec mes camarades et je me retrouvais bien vite devant un officier allemand. Il examina mes papiers, me regarda attentivement avant de me demander d’un air suspicieux :
« Jousset ? (il prononçait : Yossé) mais vous êtes juif ! ».
Je protestais abondamment, justifiant de mon père, ma mère, mon ascendance sans reproche. Il est vrai pourtant que mon profil et mes cheveux frisés très drus, ne plaidaient pas en ma faveur. Pour l’anecdote, ce n’est que bien plus tard, que j’apprendrai que mon nom était en effet peut-être d’origine juive, même si cela remontait semble t-il à plusieurs siècles. Mais pour l’heure, affolé par tout ce qu’on entendait sur le sort réservé aux juifs, je me défendais du mieux que je pouvais et c’est presque soulagé que j’acceptais l’idée de passer « quelques temps » dans un camp de travail.
 Le soir même, j’étais à la gare du nord en partance vers une destination que je ne connaissais pas avec quelques affaires qu’une amie m’avait apportées.

Le voyage vers l’Allemagne

Dans le petit carnet que j’avais avec moi et qui me suivrait tout au long de ma captivité, je notais les différentes étapes qui me conduisaient jusqu’en Allemagne.

- 10h du soir le 20 juillet 43, départ.
- 1h05 Epernay, arrêt
- 1h1/2 départ
- 4h20 Bar le duc
- Arrivée frontière à 5h1/2, contrôle.
- Arrivée à Metz à 7h20, après distribution (pain ?), ai été visiter ville.
- 1h50 (13h50) manœuvre, notre train étant trop long, pour permettre à un autre convoi de passer.

Je profite de cet arrêt pour envoyer une carte à ma mère et je prends un ton badin pour la rassurer sur mon état : « de passage à Metz, bonne santé, le voyage continue d’excellente façon. Je visite pour le moment Metz. Bons baisers, Marcel ».

- 2h55 (14h55) rencontre de notre convoi avec un autre convoi de prisonniers libérés. Tout le monde est en bas des trains. Sûrement de bonnes discussions.
- Enfin, 3h10 (15h10) départ. Passé à 5h10 (17h10) à Konz.
- 5h1/2 (17h30) arrêt à Drier jusqu’à 5h45 (17h45)
6h20 (18h30) arrêt Wengerohr
Moselkern
7h50 du soir, arrêt à (Illisible)

Le 21 juillet
- A 7h45, distribution de soupe.
- Départ 9h15
- Arrêt Giessen : 2h
- Départ 1h05 (13h05) Kassel
- 6h20 (18h20) arrivée, nous sommes sur le quai. Notre convoi ayant cassé une amarre, nous en attendons un autre.
- Départ de Kassel 7h (19h00)
- Leinefeld 8h1/2 (20h30)
- Arrivée 3h00 (3 h du matin le 22 juillet)

J’écris de nouveau à ma mère : Postdam le 22.7.43 « Chère maman, Me voici presque arrivé à destination. Nous sommes dans un camp de triage. J’en suis bien content, car après un voyage pareil, je te prie de croire que nous avons besoin d’un sérieux nettoyage. Le camp où nous sommes est très bien (1), très propre. Quand à la santé, elle va bien. Je pense qu’il en est de même pour toi et que tu es bien rentrée mardi. Reçois, chère maman, mes bons baisers. Marcel ».

C’est dans ces conditions que je rejoignais dès le lendemain le camp de Köthen, dans la banlieue sud ouest de Berlin. J’y resterai administrativement attaché, même lorsqu’un peu plus tard, je pourrai disposer d’une chambre à Berlin même.

(1) la carte étant cachetée de Postdam, il est probable que le camp en question soit celui de Babelsberg où Marcel séjournera par la suite et où il y conservera des amis.

Le camp de Köthen

C’est sur l’ancien site industriel situé sur la route du comté de Baasdorfer que la base aérienne voit le jour en Juin 1932. Elle devient une base militaire en 1937 et en 1938, alors que l’antisémitisme atteint son paroxysme, la synagogue de la route des châteaux est détruite. Les juifs sont pourchassés sans relâche et nombre d’entre eux sont retenus dans un camp de prisonnier jouxtant la base militaire. Ce camp servira aussi de lieu de rétention pour les prisonniers d’Afrique du nord. En grande majorité musulmans, on y trouvait une mosquée. Les derniers survivants juifs seront déportés de Köthen vers Theresienstadt en mai et décembre 1942.
A environ deux douzaines d’endroits en Allemagne centrale on trouvera jusqu’à 40.000 prisonniers où les travailleurs forcés étaient principalement employés à la fabrication et au montage des moteurs Werke sur les Junkers. Fabricants de divers types d’avions et de moteurs, c’est l’une des principales entreprises de défense du Reich allemand avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Beaucoup de villageois autour de Köthen y ont trouvé leur travail. Grâce à l’alignement de la société sur l’effort de guerre totale jusqu’à la fin de la guerre, de nombreux travailleurs forcés et prisonniers de guerre y ont été utilisés.

La vie de camp

Très vite, la vie s’organise. De toute façon, nous n’avons pas le choix. La vie et même la survie était une question d’organisation. La première préoccupation de chacun est de retrouver des membres de sa famille, des amis, soit déportés, soit prisonniers de guerre. Très vite, je reprends contact avec mon oncle Yvon Lameth, le frère de ma mère, que je sais interné dans le camp de prisonniers de guerre au Stalag IX-C à Bad Sulza (1).
(1) C’est dans ce camp que séjourna un temps un certain François Mitterrand.

Bien sûr, j’entretiens avec ma mère une correspondance suivie. C’est par elle que j’apprends ce qui se passe à Étampes, en particulier le bombardement de la ville et du quartier Saint Gilles dont la nouvelle me parvient le 5 août 1944. Les grands-parents de mon ami Lucien Pillas y ont laissé leurs vies. Chez nous, une bombe est tombée dans la cour de notre maison au 13 rue Simoneau, juste sur la cave. Heureusement que ma mère ne s’y trouvait pas, mais que de bonnes bouteilles perdues.
Dès mon arrivée, à l’été 43, je prends des notes des bombardements et alarmes qui rythment notre quotidien. Les attaques sont parfois violentes et ne font pas la différence entre soldats allemands, civils et prisonniers.
Le 23 août 1943, je note : « A 23h45, la plus grande partie du camp n’est plus que décombres. Nous sommes à peu près tous saufs mais une bombe est tombée sur un abri de femmes russes. »
Le lendemain, c’est Marienfelde qui est en partie détruite. Le 4 septembre, je note : « Centre de Berlin, très près de mon nouveau logement provisoire, à 50 mètres ». Le 18, trois bombes tombent encore très près et le 19 je vois deux avions en flamme dans le ciel de Berlin. Pauvres gars.
C’est en novembre qu’a lieu ce qui est alors la plus grosse attaque. Ce que je n’imagine pas alors, c’est que les suivantes seront pire encore. Je note : « Tout flambe, la maison est intacte jusqu’à trois heures du matin. Nous faisons la chaîne dans les escaliers pour préserver la maison. Les deux (maisons) voisines sont en feu ». Je suis complètement mouillé et épuisé, mais nous sommes saufs.
La nuit suivante, tout recommence, ça brûle de tous côtés. Il en est de même le jour suivant, dans la nuit du 24 au 25 novembre.
Le 26 encore, je note : « les maisons flambent, celle de Schuler est du nombre ».
Les logements dans Berlin sont détruits et il est d’ailleurs trop dangereux de rester. Nous rentrons au camp. Pas de chance, dans la nuit du 2 au 3 décembre, une soufflante tombe en plein sur le camp. Heureusement, les dégâts sont importants mais il n’y a pas de victime.
Le 16 au soir, une bombe explose dans la troisième cour. Il y a encore une fois des dégâts mais pas de victimes. Dans notre chambre, les dessus de lit sont déplacés et le plâtre s’est effrité, rien de plus.
C’est bien plus grave dans la nuit du réveillon, le 31 décembre. Le camp sud est complètement foutu. Dans la nuit du 2 au 3 janvier 1944, je note encore : « On était à Babelsberg. On n’était pas encore couchés. Une pas loin. Un sérieux coup. Le quartier commerçant est au trois quarts rasé. La production est arrêtée ».
Le 29 janvier suivant, les dégâts sont considérables. Le 15 février, une mine explose derrière le bâtiment de la 3e cour (sur la police). La chambre n’a rien, juste de la poussière.
C’est le 6 mars 1944 que se produit le premier bombardement de jour. Ils se répèteront les jours suivants. Ce n’est que le début de la fin. Je note : « dégâts, dégâts, dégâts… ».
29 avril 1944 : « J’ai reçu un éclat sur la tête, plus de cinq centimètres. Sur le terrain, personne ! Le sang coule abondamment. Dégâts, dégâts… ».
Le 24 mai, encore des bombes sur le camp. Principalement celui des russes. Il y a des victimes, trois sur l’usine et un grand nombre autour.
Le 6 juin à 12h30, un coup de téléphone nous annonce le débarquement en Normandie, entre Cherbourg et Le Havre et des parachutages dans la région rouennaise.
Le 21, le quartier d’entre la Bahühoff Friedrich strasse et Unter der Linden est détruit. Notre restaurant Nagel, à Wintergarten a disparu.
Le 6 août, la fabrique prend un sérieux coup et est en partie démolie. Notre bureau n’a rien, aussi, après un travail de nettoyage nous reprenons nos crayons sous la surveillance des soldats allemands. Cela paraît tellement dérisoire.
Enfin, le 15 août, nous apprenons le débarquement dans le midi de la France. Je n’ai pu m’empêcher de sourire devant leurs têtes.
Les jours qui suivent, sont rythmés par les alertes, les bombes, incendiaires surtout.
Le 12 septembre, l’une tombe devant et l’autre derrière. La maison est rasée d’un coup ! Curieusement au camp, notre chambre perd encore quelques carreaux mais reste épargnée, comme indestructible.
En décembre, les attaques s’intensifient encore. Le 15, 16 bombes tombent en plein centre de Berlin. Nos conditions de vie deviennent vraiment insupportables. Déjà, nous n’étions pas bien gras, mais là, ça devient préoccupant. Se ravitailler est notre principale occupation. Et puis il y a cette neige qui n’arrête pas de tomber. Elle fait un linceul à tous ces gens qui n’ont pas encore quitté Berlin et qui succombent les uns après les autres.
Au noël 1944, j’apprends l’arrestation de mon ami André Picot dont je n’avais plus de nouvelle. Lui aussi est un réfractaire au STO mais à eu au moins la chance d’échapper plus longtemps que moi à la police. Il est pour l’heure, au camp de Buchenwald. Heureusement, les nouvelles qui me parviennent par un ami ne sont pas trop mauvaises. Il semble qu’il ait essayé de m’écrire mais je n’ai jamais reçu son courrier ce qui n’est pas étonnant quand on voit la désorganisation complète des allemands. Je m’occupe de lui sur le champ, lui écrivant en allemand, ce qui est impératif. Je préviens aussi les services de la Croix rouge internationale afin qu’une aide matérielle lui soit apportée, nos moyens et les conditions dans lesquelles nous vivons ne nous permettant de fournir qu’un minimum de chose.
C’est justement parce que je parle allemand et que je peux l’écrire sans trop de mal que les amis font si souvent appel à moi. Je remercie à ce moment là mon éducation qui se révèle alors bien utile. Autrement, les courriers ont beaucoup de mal à parvenir à leurs destinataires, censure oblige, mais surtout, la désorganisation des services. Les seuls courriers en français sont ceux réservés à la famille en France sur des cartes de correspondance qui ne permettent de dire que le minimum. Les correspondances entre deux camps en Allemagne sont bien plus difficiles.
C’est sans doute pour cette raison et avec mes déménagements successifs, que je n’ai pas reçu plus tôt les nouvelles d’André mais j’ai pu malgré tout savoir ce qui lui arrivait, la lettre étant adressée à ma logeuse à Berlin.
En effet, si je travaillais au camp comme mes autres camarades, nous avions été quelques uns à être logés dans une chambre à Berlin et la surveillance était moins serrée.

Monsieur Marcel JOUSSET
Bei Frau Hoffmann
122-123
Friedrichstrasse
Vorn 2e Treppen
BERLIN 1

Noël 1944
De mon nouveau secteur !...

Mon très cher vieux Marcel

Depuis le temps où tu me le demandes, je viens de réussir à recevoir quelques nouvelles de notre vieux copain et ami du 4 rue des Cordeliers. Cela est le résultat d’une véritable chance… figure toi que j’ai réussi à le rencontrer l’autre jour = Comme tu dois certainement le savoir par Lucien Pillas, André a été arrêté à Cologne le 17 juillet dernier sans que nous ayons pu avoir d’autres nouvelles de lui depuis.
Il a d’abord été en prison jusqu’au 14 septembre à Brauweiler à 12 km de Cologne sur la route d’Aix La Chapelle, devant la poussée américaine, la prison a été évacuée vers les camps de concentration de Cologne puis, le surlendemain, vers celui de Buchenwald près de Weimar en Thuringe où il est arrivé le 17 septembre. Là, après un stage réglementaire de quarantaine, il s’est trouvé victime… bien légère rassure toi, d’une épidémie de typhus, qui n’est guère qu’une grosse typhoïde ou paratyphoïde, ce qui lui a fait passer assez agréablement quelques 5 semaines à l’infirmerie, suivies de 4 semaines de convalescence = petit veinard dans son malheur, il n’a donc commencé à travailler que le dimanche 10 décembre soit donc 12 semaines après son arrivée au lieu de 3… comme prévu.
De ce fait, il a malheureusement perdu la plupart de ses camarades. Si bien que les quelques 60 camarades qui avaient été coincés avec lui sont partis dans diverses directions, affectés à de plus ou moins durs Komandos de travail. Il reste avec lui, sept huit de ses amis typhiques ou scarlatineux qui comme lui ont été retenus de par leur maladie. Personnellement, il a été affecté à un Komando de terrassement qui est assez dur par le travail (déchargement de wagons de terre, de pierres- manutentions de rails et traverses) par le froid (qui commence à descendre jusqu’à – 15 ° )… par la nourriture qui est juste, juste suffisante pour tenir le corps. Il est malgré tout en EXCELLENTE SANTE PHYSIQUE ET MORALE… Il résiste parfaitement, reste costaud – garde confiance et ferme espoir en la proche fin !!!
Pour cela, ne te tracasse donc pas = lorsqu’il se trouvait à l’infirmerie (le dernier dimanche d’octobre dernier) il t’a écrit directement sur une carte de son camp – il croit bien que tu ne l’a jamais reçue, n’en ayant jamais reçu de réponse. Quand il en aura la possibilité, il le fera à nouveau. Malgré tout, écris-lui dès que possible c’est son vœux le plus ardent. Voici son adresse exacte :

André PICOT N_ 81.781. Block 10.
Konzentration Lager
15 BUCHENWALD
bei WEIMAR (THURINGEN)
(écrire en allemand)
Comme je ne puis le faire personnellement, voudrais-tu, comme il le désire et te le demandait dans sa lettre, vouloir bien avertir son ami DUFOUR 140 wilhemstr que vous avez visité ensemble à la Pentecôte dernière en lui demandant surtout de vouloir l’assister au point de vue matériel par l’envoi de colis… car il en a rudement besoin. Précise lui son ex situation de délégué chez Ford à Cologne (1) et de Président de l’amicale de Cologne Ford au titre desquels il a d’ailleurs été arrêté.
Ne fais malgré tout cette démarche que si tu la juges nécessaire et utile.
Sois très diplomate ! lui, ne pouvant le juger que depuis derrière ses barbelés. Essaie également de prévenir Lucien Pillas chez Imbert à Cologne, ainsi que Maurice MENARD que tu pourras toucher par DUFOUR, celui-ci étant « Kreisverbin et dungsmann (2) » de Cologne – ou chez Ford à la même adresse que lui baraque 9/3 lager Er_el à Köln Niehl (3).
Essaie également de prévenir le Comité international de la Croix Rouge de Genève pour qu’il puisse transmettre éventuellement et donner de ses nouvelles en France… et surtout lui envoyer des colis.
Mon pauvre vieux Marcel, excuse moi de toutes ces demandes, de tous ces services, je ne peux le faire moi-même… aies, je t’en supplie, pitié de ton pauvre copain André ! Fais et agis pour le mieux, débrouille toi pour faire le maximum pour lui, empêché que je suis par ma situation actuelle. Personnellement je vais très bien, je t’écrirai sous peu pour te parler de moi, aujourd’hui, n’ayant parlé que de notre bon ami !!! Excuse le style, je suis très fatigué et n’ai guère d’idées pour le style épistolier ou l’orthographe.
Reçois mon cher vieux mes meilleures amitiés et particulièrement en ce jour de Noël, mon plus ferme espoir de nous retrouver à Etampes, chez la mère Dantelle par exemple.
Ton ami qui espère beaucoup en toi. (4)

(1) En 1939, les filières allemandes de General Motors et Ford approvisionnaient 70% du marché allemand de l’automobile. Les filiales allemandes de ces deux géants de l’automobile ont aussi fabriqué du matériel militaire pour le III° Reich.
(2) Ces deux mots sont très difficilement lisibles sur le document original et je ne peux les déchiffrer avec certitude.
(3) Niehl est un quartier au nord de Cologne situé sur la rive gauche du Rhin.
(4) Je n’ai pu déchiffrer la signature de celui qui a écrit cette lettre et son nom n’y figure pas.

Le 28 janvier 1945, je note ; « Toujours de la neige, j’ai froid aux pieds ». Je quitte ma chambre le 1er février pour rentrer au camp, le 3 une mine tombe sur l’immeuble. Ce même jour, toutes les gares de l’intérieur de Berlin sont détruites.
Les semaines suivantes, nous survivons, tant bien que mal, dans le froid, la neige, échappant aux bombes qui pleuvent maintenant abondamment sur Berlin et sa région. Les russes approchent. Je suis fatigué, sale, horriblement amaigri et je me demande si je reverrais un jour mon pays et ma famille. Je n’en peux plus de ces bombes qui s’abattent maintenant sur nous sans discontinuer, nous sommes au milieu des morts et des décombres. Nous tenons le coup en nous disant que ça va bien finir par s’arrêter, mais chaque jour se passe identique au précédent. Je vais finir par devenir fou.
Le 11 avril, le camp de Buchenwald est libéré. Mon ami André Picot s’en sort fort heureusement sain et sauf. Malheureusement, la veille, Camille Jousse, un résistant originaire de Morigny, évacué avec un groupe de prisonniers a été abattu par un SS au bord de la route. Il ne pouvait plus avancer.
Le 12, c’est au tour du camp de Dora qui nous fournissait les moteurs, d’être libéré.

L’arrivée des Américains :
Dans l’obscurité du matin du 14 Avril 1945, une division de la troisième armée US, soutenue par l’infanterie, l’artillerie de campagne, chasseurs de chars et d’avions avance vers l’est. La petite résistance allemande, reste des troupes, fut rapidement écrasée ou contournées. Pour pénétrer rapidement, beaucoup d’endroits ont été simplement contournés et ne seront occupés qu’une semaine plus tard.
Vers midi, ils ont atteint l’aérodrome de Köthen et ont rencontré une résistance acharnée des positions bien préparées. Une partie de la Division « Scharnhorst » et les membres du Volkssturm (1) étaient retranchés pour défendre la ville, mais ils seront anéantis dans l’après-midi. Les planeurs américains ont atterri à l’aérodrome en fin d’après midi. Le dimanche 15 Avril, un officier et quatre soldats se sont rendus au Köthener Hall et ont exigé la reddition de la ville, mais le maire était absent et introuvable.
Aussitôt, la nouvelle de l’invasion américaine se répand. Le village est en émoi. Les personnes s’étaient rassemblées à l’extérieur dans la rue principale et s’interrogeaient sur la conduite à tenir. Les quelques hommes du village étaient convaincus que toute résistance serait inutile et ne ferait qu’aggraver d’éventuelles représailles sur le village.
Même les travailleurs de l’équipe du matin n’étaient pas venus à la base. A l’approche des Américains, les hommes avaient préféré rester avec leurs familles. Avec seulement 11 employés, les usines de produits chimiques ont dû être fermées, une tâche difficile. Dans la mine de charbon on ne trouvait qu’une équipe réduite chargée de maintenir les pompes en fonction. Au camp des prisonniers de guerre soviétiques dans la banlieue sud, on avait ouvert les portes en prévision de l’invasion imminente. Les prisonniers russes étaient heureux de voir les Américains arriver dans le village. Mais comme ces prisonniers avaient travaillé pour l’Allemagne Nazie, ils étaient en Union soviétique, considérés comme des collaborateurs et risquaient une longue peine de prison dans un goulag soviétique. C’est sans doute la raison pour laquelle certains de ces prisonniers de guerre libérés, avec l’accord des Américains ont été armés et ont suivi les chars américains qui se rendaient vers Bitterfeld.
La nouvelle avance de la troisième armée US de Köthen à Dessau les amène devant la division d’infanterie allemande troupes "Ulrich von Hutten"(2). Ils étaient au sud-est de Dessau pour défendre Kleutsch et Möst. La Wehrmacht tenait toujours fermement et l’autoroute est vite devenue comme une nouvelle ligne de front. Sur le côté ouest de la guerre était finie, à l’est, les combats font rage jusqu’au 21 Avril.
La division d’infanterie "Scharnhorst"(3), qui avait des troupes à Köthen, poussée par l’ennemi, se retire dans la région nord et l’est de l’arrondissement.
Avec la réunion des troupes américaines et soviétiques sur l’Elbe à midi le 25 Avril 1945, la reddition inconditionnelle intervient le 8 Mai 1945.
L’armée américaine a assuré à Köthen l’administration militaire de la ville, jusqu’à son retrait à la fin de Juin 1945. Elle a écarté les nazis du service public et placé des personnalités neutres et de confiance dans la ville.
Les « nouveaux venus » ont reçu l’ordre de maintenir la sécurité et d’assurer l’approvisionnement de la population avec les nécessités de base.

(1) milice populaire allemande levée en 1944 et qui devait épauler la Wehrmacht dans la défense du territoire.
(2) Personnage du 15e, 16e siècle. figure du premier nationalisme Allemand.
(3) Général prussien. C’est aussi le nom d’un navire de guerre Allemand.

De mon côté, jusqu’au 24 avril, nous sommes retranchés dans le camp. Je note alors : « Après une nuit assez mouvementée (??) Et nombreux obus (??) , 2 morts. Le matin vers 8h, des soldats russes. Leur chef, un jeune capitaine parlant un français impeccable vient nous dire de partir, les allemands résistant de trop. Il nous fait comprendre aussi que les Russes, c’est pas bon pour nous car nous avons travaillé pour le Reich. Il nous indique dans quelle direction nous pourront rencontrer les Américains.
Départ ! Nous avons emmené avec nous, bien visibles, un petit drapeau et des insignes aux couleurs de la France que nous avions confectionnés à l’aide de quelques morceaux de tissus récupérés. Nous espérons ainsi être repérés par les Américains sans être confondus avec des Allemands. Après 5 heures de marche, nous tombons dans un village à 13 km de Treblin (au sud de Berlin, juste au dessus de Luckenwalde). Nous sommes à la fête : lapins, poulets, cochons, etc. Alors, lapin rôti, pommes de terre sautée, lait à volonté !

Après cela, ce sera à nouveau maigre. Nous rencontrons des américains qui ne veulent pas nous assister, ils montent sur le front de Berlin et sont en retard sur les Russes.
Nous traversons ainsi à pied plus de la moitié de l’Allemagne qui n’est plus qu’un champ de bataille. Les villes ont été bombardées, certaines complètement rasées. A chaque fois, les soldats Américains nous renvoient plus loin. Enfin, nous sommes pris en charge. Sur les cinq que nous étions au départ, Jean et René sont morts d’épuisement.
Nous sommes petit à petit ré-alimentés. Je pèse alors moins de 40 kilos pour 1m82.
A mon retour à Etampes, j’aurai repris un peu de poil de la bête, mais les photos prises devant le 13 rue Simoneau, avec ma mère ou mes amis laissent encore voir les privations subies.

Revivre ?
Je n’ai pas trop le temps de me reposer qu’il faut vite retravailler. Pas question, avec ma famille à charge de reprendre mes études d’architecte. Ma mère s’installe comme couturière et je travaille alors comme métreur.
J’ai le sentiment de m’être fait voler ma jeunesse, mes vingt ans, mon insouciance… ma vie entière ! Quel gâchi !

Epilogue

Mais tout ça est loin, tellement loin. Allez savoir pourquoi cela me revient à l’esprit alors que j’ai déjà tout oublié… jusqu’au nom de mes enfants.
Ce ne sont plus que des fantômes, des ombres qui traversent mon ciel de nuit…


Je suis allongé, je n’ai pas mal. D’ailleurs, je ne sens plus rien.

Je vois des murs. Suis-je chez moi ?

Quelqu’un se penche sur moi, qui est-ce ?

Je sens une pression sur ma bouche, je suis étonné mais ce n’est pas désagréable,
C’est humide,
Je ferme les yeux…

Je suis mort le soir du 31 mars 1995.

à Marcel, à Andrée

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