NOTICE BIOGRAPHIQUE DE MARIE ADELAÏDE LEFEVRE.

Par Louis Eugène LEFEVRE son neveu.

Article mis en ligne le 25 janvier 2015
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Marie-Adélaïde LEFEVRE naquit le 10 octobre 1818 à Tillay-le-Péneux, canton d’Orgères, arrondissement de Châteaudun, Eure-et-Loir. Là résidait et fut très longtemps maire son grand-père, Pierre-Côme Lefèvre, fermier du célèbre savant et ci-devant abbé Tessier. Sa grand mère était Marie-Françoise Viot, l’une famille bourgeoise d’Arthenay (Loiret). Le neveu de cette dernière, Mr Gallard, fut évêque de Meaux.
Marie-Adélaïde fut la première enfant d’Edouard-Florentin Lefèvre qui avait épousé, à l’âge de vingt ans, Suzanne-Adélaïde Gerbault,jeune fille d’Allaines. Le jeune couple s’éloigna de Tillay-le-Péneux en 1821 pour s’établir il son compte au Puiset, près de Janville-au-Sel, comme cultivateurs et meuniers.
C’est vers ce temps que la petite Adélaïde fut conduite à Etampes, auprès de sa tante, Soeur Saint-Louis, religieuse de l’Hospice ; celle-ci, pour que sa nièce apprît il lire, l’envoya dans une modeste pension voisine, rue de l’Hospice, n° 14, dirigée par Madame et Mademoiselle de Villeinne. Ces dames et surtout la dernière s’attachèrent vite à l’enfant ; lorsque les parents manifestèrent l’intention de la retirer, elles supplièrent qu’on la leur laissât. Le père et la mère y consentirent, certains des soins et d" l’affection dont la fillette était l’objet.
Les dames de Villeinne étaient des personnes d’esprit et de coeur élevés. Auprès d’elles, Adélaïde, parfaitement douée, acquit tout ce qui peut résulter d’une vigilante éducation, d’une instruction profonde et sérieuse, Son intelligence égalait sa prodigieuse mémoire, et bientôt se développa chez elle la vocation de l’enseignement : enfant encore, elle montrait il lire aux autres enfants.

Bientôt, la pension devenant prospère fut transférée rue Evézard, n° 17. Adélaïde y garda santé et gaîté, tout en étu(liant les sciences, la musique, l’anglais, et le latin dont les leçons lui étaient données par un professeur du Collège de la ville, Monsieur Melet (Charles-François-Marie Melet, né il Vers, Jura, en 1802), homme d’une grande érudition et de la plus aimable modestie.
Le 4 octobre 1837, Monsieur Melet épousa Adélaïde Lefèvre, méritant bien de devenir l’ami fidèle de cette femme d’élite. La maison prit alors le titre de Pensionnat des Dames de Villeinne et Melet,
Madame de Villeinne mourut en 1842. Mademoiselle de Villeinne, à l’inoubliable bonté, mourut en 1847, alors que, le nombre des élèves augmentant toujours, on installait la pension dans un local plus vaste, rue Saint-Jacques, n° 1.
Enfin, le 12 décembre 1870, en pleine guerre, au milieu des préoccupations accablantes causées par la présence de nombreux soldats prussiens logés dans la maison, mourut Monsieur Melet, peu de temps après que Monsieur Félix Giacomotti, son compatriote et son ami, eut terminé de lui un portrait qui est un chef-d’œuvre (Musée d’Etampes).
Monsieur Me]et, nous l’avons dit, était le professeur par excellence, un maître d’un esprit supérieur, d’une indulgente philosophie, d’une âme ouverte il toute idée noble et large. Pour sa compagne, sa mort fut un coup terrible, mais Madame Melet fit appel il toutes ses énergies afin de continuer la tâche il laquelle elle s’était vouée et qui lui plaisait : apprendre à ses élèves à penser, développer leurs aptitudes vers le bien, équilibrer leur jugement, les guider dans des études même abstraites, enfin être pour elles tout à la fois institutrice et éducatrice. Elle réussit grâce il son tact inné, il son oubli d’elle-même, et surtout parce qu’elle aimait ces jeunes filles qu’on lui confiait, et leur donnait une part de son cœur.
Madame Melet n’avait point eu d’enfants, et sa tendresse maternelle n’avait pu se répandre dans l’ordre de la nature : elle la reporta d’abord sur ses frères et sœurs dont elle fut souvent l’appui, et ensuite sur ses élèves dont elle se faisait véritablement la mère. Elle résigna ses fonctions en 1882, mais longtemps encore après, celles qu’elle se plaisait à nommer ses filles venaient souvent chercher ses conseils, son aide sympathique, ou ses touchantes paroles de consolation.
Madame Melet avait reçu de nombreux témoignages de satisfaction de la part de l’autorité universitaire, sous forme de médailles et de diplômes. Pourtant les palmes académiques ne lui furent accordées qu’en 1896. On a dit avec raison de Madame Melet qu’elle avait été une institutrice et une éducatrice admirables. Ses discours publiés ici prouvent qu’on ne s’est point trompé, au moins quant à l’éducatrice.
Elle rendit le dernier soupir après une courte maladie, le 8 juillet 1904.
Avec l’âge ne s’était point éteinte son action bienfaisante, pas plus que la vivacité de ses souvenirs. Elle citait toujours avec émotion le nom de Mademoiselle de Villeinne, et elle s’était fait une règle d’imiter l’exemple de la vieille Madame de Villeinne, à laquelle elle avait elle-même appliqué cette belle pensée d’un inconnu : « Il est encore des jours souriants pour la vieillesse si elle s’intéresse à tous, et si elle se désintéresse d’elle-même. "

Madame de Villeinne n’était pas d’origine étampoise. Elle était née Marguerite Grudé, à Alençon, le ; juillet 1756. Sa sœur, Reine-Jeanne Grudé, née également à Alençon vers 1753, est décédée à Étampes en 1836. Leur mère, née Marguerite Pouhier ou Poyée, veuve de Pierre Grudé, courrier, est morte âgée de 81 ans, il Etampes, en 1813.
Aucun renseignement positif n’existe sur M. Jacques de Villeinne, mari de Madame de Villeinne. Il a dû mourir avant la Révolution, à Châtillon, près Paris.
Vers la même époque, Madame de Villeinne et sa fille, habitèrent dit-on, Versailles. Leur position, sans être très brillante n’était sans doute aisée, quand les bouleversements politiques la rendirent précaire. Ces dames racontaient que, après les plus mauvais jours, réfugiées à Paris, elles travaillèrent de leurs mains au manteau du sacre de Napoléon 1er, Elles étaient, en effet, habiles brodeuses et expertes dentellières, comme il convenait à des Normandes du XVIIIème siècle.
Mademoiselle Euphrasie de Villeinne, celle que Madame Melet appelait tendrement sa mère adoptive, et dont l’acte de naissance n’a pas été retrouvé, avait soixante-trois ans quand elle mourut à Étampes, en 1847, Son portrait, par l’artiste étampois Vassor, est au musée d’Étampes.



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