RUE DE BRETONVILLIERS IV ème arrondissement de Paris

D’après Histoire de Paris rue par rue, maison par maison , par Charles Lefeuve, paru en 1875
Notice écrite en 1858.

La Belle-mère de Fronsac. – Le Baigneur. – L’Arcade. – Les Bretonvilliers. – Le Bal masqué. – M. de Montmirail. – Le Bureau des Privilégiés. – Les Hydrothermes. – La Basse-Cour.

Article mis en ligne le 25 janvier 2015
Imprimer logo imprimer

Au milieu du XVIIe siècle ce que nous appelons le n° 1 dépendait de l’hôtel d’Astry, d’après une carte qui n’en montrait pas moins à proximité, les hôtels Bretonvilliers et Lambert, en regard l’un de l’autre dans la rue Saint-Louis-en–l’Ilé. Astrée fut, une déesse qui n’habita la terre qu’en l’âge d’or, et l’Astrée un roman fameux. Mais Astry ? Faut-il lire Astrie ? Les noms propres n’ont jamais moins de deux orthographes. Damoiselle Marie Coomans d’Astry, ou Commans d’Astric, épousa Jean Rouillé, comte de Meslay, après avoir acquis, tant des créanciers de Louis Levau, premier architecte du roi, auteur des pavillons de Flore et de Marsan aux Tuileries, que de la famille Bretonvilliers, de quoi former l’hôtel d’Astry.

Rouillé de Meslay mourut en léguant 125,000 livres à l’Académie des sciences, pour encourager la recherche de la quadrature du cercle ; son fils, introducteur des ambassadeurs, ne laissa pas de postérité, et sa fille Marguerite-Thérèse fut d’abord marquise de Noailles, puis duchesse de Richelieu. Le duc, déjà marié deux fois, ne donnait pas son nom à une troisième compagne sans que l’hôtel en prit sa part. L’escalier à balustrade en chêne du n° 1 y faisait dès-lors son service ; mais pour que le n° 3, dont le mur extérieur supporte un balcon de même âge, ait dépendu de la même propriété, il faut que peu de temps après il soit rentré dans la possession des Bretonvilliers, quant aux n°s 16 et 18 du quai des Balcons, ou du Dauphin, autrement dit de Béthune, ils étaient indubitablement de l’hôtel Richelieu.

Le duc et le comte de Noailles héritèrent de la duchesse de Richelieu, née Rouillé ; mais elle eut pour légataire Fronsac, fils de son second mari. Aussi les trois soeurs consanguines et utérines du futur maréchal de Richelieu, dont l’une était à Port-Royal, n’avaient-elles rien à prétendre dans la propriété de l’ancien hôtel d’Astry, qui lui appartenait à titre de legs, et dont nous avons déjà eu à nous entretenir quai de Béthune.

Nous avons vu sur le même quai, pour la première fois, le baigneur Turquin, qui se trouvait lui-même locataire du côté que nous tenons de la rue Bretonvilliers. Il n’était pas le patron que de l’école de natation qui flottait à la pointe de l’île ; il avait sous sa direction, outre cela, à l’autre bout du quai de Béthune, des Bains Chinois, où l’eau chauffée coulait dans chaque baignoire au prix de 36 sols pour trois personnes, et de 24 sols pour une seule. A distance à-peu-près égale entre ces deux établissements de température différente, le domicile du baigneur qui soufflait le froid et le chaud attenait au bureau des coches d’Auxerre, dont le service par eau n’a cessé de se faire qu’après l’avènement de Napoléon III.

D es partages de famille n’avaient pas entraîné la démolition de l’arcade originairement jetée sur la rue de Bretonvilliers. Le 3, malgré cette accolade, appartenait isolément à Françoise Le Ragois de Bretonvilliers, qui s’était retirée chez les filles de la Croix, rue de Charonne, depuis la mort de son mari, Anne d’Héruard, chevalier, conseiller du roi, maître des requêtes. M. de la Mouche, auditeur en la chambre des comptes, occupait cette propriété, que l’arcade reliait à celle de Jean-Baptiste Le Ragois de Saint-Dié, lieutenant-général au gouvernement de Paris, frère de ladite M me d’Héruard.

Cette autre maison à trois corps était ensuite donnée en location à Joly de Menneville, ancien maître des comptes. Il n’y a même entre les deux immeubles aucune séparation plus apparente, aujourd’hui que leur communauté d’origine est loin de s’étendre à leurs détenteurs. On a pourtant parlé en ce temps-ci de supprimer l’arcade Bretonvilliers, et, comme on s’est gardé de dire pourquoi, il faut qu’il y ait en jeu quelque intérêt qui n’est pas celui du public :

Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas.

La principale porte par laquelle on entrait à l’hôtel Bretonvilliers, avant même qu’il y eût division, la voici au n° 2 ! Le financier Le Ragois, intéressé dans les fermes sous Louis XIII, et seigneur de Bretonvilliers, commanda cette demeure princière à Ducerceau. Sa femme, née Acarie, fut longtemps belle et remarquable par la fraîcheur du teint ; il n’en eut pas tout le profit, s’y contentant d’une part d’intérêt, comme dans les affaires du roi ; ses richesses lui faisaient, d’ailleurs, assez de jaloux sans que les rigueurs de Madame s’en mêlassent. Le premier des Bretonvilliers rendit gorge de la vie en 1645. Deux ou trois des Bretonvilliers qu’il eut pour successeurs présidèrent en cour des comptes.

Leur hôtel fut pour le moins prêté au prince Emmanuel de Portugal, qui y donna un bal masqué dans le cours de l’année où mourut Louis XIV. Le même soir, une flottille de bateaux tirait un feu d’artifice de gala, et il en retombait une pluie d’étincelles, qui avait l’air de propager l’embrasement dans l’onde frémissante ; mais les gouttes de l’eau n’étaient pas fécondées par ces larmes de feu, dans le lit froid du fleuve, que les étoiles elles-mêmes clairsemaient aussi de vains reflets. La superbe terrasse qui encadrait le jardin mettait les invités du prince aux premières loges pour se régaler du spectacle, et le public en profitait dehors.

N’y avait-il pas, au besoin, de quoi mettre à couvert tous les habitants de l’île Saint-Louis dans les bâtiments qui régnaient sur les trois grandes cours de l’hôtel ? Une galerie s’y remarquait, que Bourdon avait décorée de ses peintures et que Monoyer avait festonnée de fleurs, de fruits et de corniches à médaillons en porcelaine historiée. Le tableau de la Continence de Scipion, par Bourdon, des copies de Raphaël, faites par Mignard, et des ouvrages du Poussin, de Vouet et de Silvestre paraient encore d’autres pièces.

Le président Bénigne Le Ragois de Bretonvilliers épousa une d’Albon, mais postérieurement au mariage. d’un autre président du même nom avec une Perrault. Or il y eut aussi quai des Balcons un hôtel Perrault. On ne dédaignait pas en ce temps-là de se marier porte à porte : cinquante pas ne suffisent plus, de nos jours, que pour une rencontre au pistolet. Le président Perrault, neveu de l’architecte de la colonnade du Louvre, acquit de La Baume, comte de Saint-Amour, la baronnie de Montmirail, près Chartres, qu’il transféra plus tard avec d’autres biens au prince de Conti, dont la veuve, fille légitimée de France, le revendit en 1729 à Havet de Neuilly, un conseiller aù parlement. Mais est-ce bien du pays chartrain que venait féodalement la famille Montmirail qui succéda à celle Bretonvilliers, comme propriétaire de l’hôtel ? Un marquisat de Montmirail fut érigé ailleurs par Mistrail, conseiller au parlement de Dauphiné, et il y eut un marquis de Montmirail, colonel des cent-suisses, président de l’Académie des sciences, admirateur passionné de Polybe et de Tacite, qui fit parler de lui sous Louis XV.

Ce roi était encore mineur quand on installait à l’hôtel Bretonvilliers le bureau des aides, puis celui, dépendant des Fermes, où s’encaissaient les droits d’entrée, ci-devant à l’hôtel Charny. On y appliquait en l’année 1775 cette indication officielle :

Bureau général pour la distribution des Papiers et Parchemins timbrés, appelés Formules, à l’hôtel Bretonvilliers, où il y a un garde-magasin et un garde-général de cette Formule. Même hôtel, recette pour les Papiers et Parchemins timbrés à l’extraordinaire, pour la Généralité de Paris et celle d’Orléans.

Le bureau des Privilégiés y prenait le dessus peu de temps après, et la propriété n’appartenait pas moins à M. de Montmi’rail. L’émigration de ce dernier entraîna le retour de l’immeuble à l’Etat, et la Convention, pour répondre favorablement à une demande faite par des ouvriers, permit d’y établir une manufacture d’armes à feu. Toutefois la vente eut lieu, au profit de la Nation, le 29 fructidor an III, et le morcellement en résulta plus que jamais. L’administration des Hydrothermes s’installa, après la révolution de Juillet, au n° 2 de la rue Bretonvilliers, qui fut, depuis exhaussé de deux étages. Le 4, où l’hôtel eut en ses plus beaux jours sa basse-cour, est devenu un atelier de teinture.

QUAI DE BÉTHUNE,
IVe arrondissement de Paris
(D’après Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, paru en 1875)

Notice écrite en 1857. Il a été dénommé successivement quai du Dauphin, quai des Balcons, quai de Béthune. En 1792, il a porté le nom de quai de la Liberté. Origine du nom : Maximilien de Béthune, duc de Sully (1560-1641), ami et ministre de Henri IV.

L’Hôtel Bretonvilliers :
L es ateliers du parfumeur Chardin-Hadancourt occupent, à la pointe orientale de l’île Saint-Louis, quai de Béthune, le jardin de l’ancien hôtel Bretonvilliers, dont la magnifique terrasse avait pour point d’appui le mur qui survit. Un peu plus bas en tête s’ouvre, pendant l’été, l’école de natation fondée par Turquin, où beaucoup de collégiens viennent prendre chaque été leurs ébats, par avant-goût des vacances qui approchent, dans la plus belle eau de Paris. Le 12 actuel, avant de faire partie du bureau des Fermes Générales, dépendait de l’hôtel Bretonvilliers, dont la porte principale n’ouvrait pas sur le quai. C’est en passant rue Saint-Louis-en-l’lle que nous rendrons a l’ombre de Le Ragois de Bretonvilliers, secrétaire du conseil, puis intéressé dans les fermes, la petite visite que nous lui devons.

La Jeunesse du Maréchal de Richelieu :
D e l’autre côté de la rue Bretonvilliers, les n°s 16 et 18 composaient l’hôtel Richelieu, ainsi que le n° 1 de ladite rue, qui se nommait alors de l’Arcade. Armand-Joseph Vignerod, duc de Richelieu, général des galères de France et neveu du cardinal, y précéda son fils qui avait vu le jour deux mois avant le terme de la grossesse de la duchesse, en l’année 1696. Ayant été tenu sur les fonts, à trois ans de là, par le roi et la duchesse de Bourgogne, le chétif petit duc, qui prit d’abord le nom de Fronsac, commença de bonne heure à faire parler de lui dans le monde ; l’adolescent n’attendit pas la barbe pour épouser Mlle de Noailles, dont la mère se trouvait la femme en troisièmes noces du duc de Richelieu, son père. La précocité continuant, Mlle de Noailles ne tarda pas à être détestée de son mari, dont l’audace et l’esprit devaient lui susciter encore plus de rivalités que son rang ne faisait de jalouses. Le petit-neveu du cardinal de Richelieu, pour si roué qu’il se montrât bientôt avec les femmes dont la coquetterie trouvait à regret son maître, ne continua-t-il pas à sa manière l’œuvre de son grand-oncle ? La féodalité n’était pas morte sans laisser des rejetons, et cette survivance, qu’elle se tînt ou non sur ses gardes, n’avait pas appris à parer les nouveaux coups dont un Richelieu la criblait ; il ajoutait une barre à l’écusson futur de bien des descendants des feudataires de la Couronne, dont Son Eminence n’avait fait que diminuer la puissance politique. Louis XIV eut l’ingratitude d’envoyer Fronsac à la Bastille avant l’age fixé d’ordinaire par les lettres de cachet à la majorité ; mais c’était comme pour compléter une éducation négligée, car une auguste prévoyance dépêcha, au mineur, sous les verrous, l’abbé de Saint-Rémy pour précepteur. Mme de Maintenon gardait jusqu’à la fin le plus rare des trésors, son indulgence plénière, à l’héritier du cardinal, qui regretta le roi avec sincérité, mais qui peu de temps après inaugura son hostilité au régent, en lui prenant toutes ses maîtresses.

L ’hôtel qu’habitait le jeune duc était trop proche de la forteresse qu’il avait déjà visitée, pour que le nouveau chef de l’Etat ne songeât pas, à propos d’un duel, à l’y accréditer encore pour une année. Richelieu, se rappelant qu’il y avait connu Voltaire, paraissait si peu s’y déplaire, et si bien s’y refaire des fatigues d’une vie trop mondaine, qu’une troisième fois encore s’abaissa devant lui le pont-levis de la prison d’Etat ; mais cette fois Dubois, devenu son ennemi mortel, en voulait à la tête, beaucoup plus qu’à la liberté de Richelieu, taxé de conspiration. Un cachot fut la chambre que le ministre lui assigna : d’abord, sous les fossés de la Bastille ; par bonheur intervinrent Mlle de Charolais et Mlle de Valois, l’une et l’autre filles du régent ; ces deux princesses, qui l’aimaient à tout risque, mirent de côté toute rivalité pour travailler, comme un seul homme, à la libération du criminel d’Etat. Les murs ne pouvant s’abaisser tout à-coup devant leur idole, Richelieu put du moins jouir d’un adoucissement, en se promenant une heure par jour sur la plate-forme d’une tour, d’où il contemplait à loisir ses bienfaitrices qui épiaient, rue Saint-Antoine, la gratitude d’un regard et d’un baiser soufflé au bout des doigts. Bientôt même il y eut foule à l’heure convenue, et ce fut à la mode, pour force belles dames, roulant en vis-à-vis toutes seules, avec une affection sentimentale, d’aller en jubilé faire une révérence processionnelle à l’aurore, si ce n’est au couchant de leur amour, sous les créneaux. Un exil à Conflans, chez le cardinal de Noailles, servit de commutation à un embastillement, qui avait pris tout l’air d’une sérénade renversée, et l’incorrigible Richelieu devint, soit disgrâce, soit bonnes grâces, plus que jamais la coqueluche des boudoirs et le héros des ruelles : il crevait des chevaux toutes les nuits, pour venir souper à Paris avec les femmes ou les maîtresses des premières têtes du royaume. La mort du cardinal Dubois et du duc d’Orléans délivrèrent le jeune duc de ses dernières entraves ; celle du marquis de Dangeau le fit nommer, de plus, membre de l’Académie française, d’une voix unanime, à l’âge de 24 ans, bien qu’il ne sût pas l’orthographe ; Fontenelle, Destouches et Campistron composèrent le discours du juvénile récipiendaire, petit-neveu du fondateur de l’Académie, que déjà le parlement avait reçu pair a cause de son duché.

Après tout, quoi de plus brillant que la carrière des hommes a bonnes fortunes ! Les temps ne changent qu’en apparence aux honneurs de tout genre qui pleuvent tôt ou tard sur l’Homme dont le mérite est goûté, recherché des femmes. L’Académie elle-même subit à chaque instant le charme des cautions féminines, avec une dignité qui cache plus ou moins la grâce des intrigues de salon et d’autres moyens de séductions sans réplique. Les agréments de la jeunesse ne font dans le monde que des héros qui passent, mais plusieurs générations d’œillades, de sourires, de soupirs et de regrets ne se réunissent ni sur un damoiseau qui n’a que sa belle jambe, ni sur un faux brave, ni sur un bel esprit de rencontre, ni sur un grand seigneur qui doit tout à son nom ou a ses richesses. Le vainqueur de Mahon n’était pas un homme ordinaire.

On sait que le roi Louis XV aima toujours ce maréchal de Richelieu, courtisan agréable, habile diplomate, vaillant et fidèle serviteur, et que cet Alcibiade français eut l’esprit de mourir, après avoir rempli Versailles et Marly jusqu’à la fin du bruit de ses galanteries, un peu avant les crises révolutionnaires. Beaucoup de la jeunesse du Nestor de l’amour facile, ou pour mieux dire empreint de voltairianisme, s’était passée quai du Dauphin, alias des Balcons, et c’est le quai que nous appelons de Béthune.

M. Vielle :
L ’escalier des communs de l’hôtel Richelieu, avec sa rampe en chêne, se retrouve en très bon état dans la maison qui donne sur la rue du sous-sol qui en fait partie il partait une galerie, ouverte du temps du vieux duc, dérobée du temps de Tronsac, qui conduisait à la rivière, où une embarcation était amarrée constamment. M. Vielle occupe, sous ce toit, un remarquable appartement, dont les sculptures dorées rappellent en quelque sorte les royales magnificences de l’hôtel peu distant qu’a habité Lauzun, au quai d’Anjou. On réaliserait une fortune de membre du conseil d’administration d’un chemin de fer, si l’on raclait les plafonds, les murailles des appartements de l’île Saint-Louis, et notamment de ceux qu’ont habités, sous Louis XIV, le prétendu de Mademoiselle et l’imberbe petit duc, appelé ma petite poupée par la duchesse de Bourgogne. Par bonheur tous les négociants de notre époque ne font pas partie de la bande noire, et M. Vielle n’a pas la moindre envie de faire ramoner, comme une cheminée, les décors de son intérieur. Au contraire, il s’est plu à rassembler, sous de brillants lambris, bien des choses qui elles-mêmes ont une valeur idéale et réelle, d’élégance et de souvenir. Ces encoignures, ce cabinet de dame, cette fontaine, ce charmant biscuit, et ces bronzes, d’une exquise finesse de ciselure, ont été achetés à Louveciennes, chez Mme Dubarry par le beau-père de M. Vielle. Cette autre table à écrire vient de Mirabeau. Des peintures d’Antigna, l’ami de la maison, ne rajeunissent-elles pas suffisamment l’ensemble de ces curiosités rétrospectives ?

Le Feuve de la Malmaison :
M aintenant, ami lecteur, permettez-moi d’accorder en passant un léger souvenir à deux frères, que vous connaissez peut-être, et dont le cadet compte à peine une année de plus que l’aîné, bien qu’une génération, à première vue, semble les séparer. Tous deux ont dépassé la cinquantaine. L’un se fait teindre en blond les favoris et la chevelure, porte un corset, laisse voir des dents d’autant plus blanches et régulières qu’il en change tous les six mois ; il s’habille à l’étroit, comme un parapluie au fourreau, et il met sur l’oreille un chapeau qui devine la mode un an d’avance. Les cheveux de l’autre, en revanche, ont l’air d’être poudrés ; son vestiaire prévoit constamment le retour d’un embonpoint dont il avait pris la mesure ; un formidable bord fait de sa coiffure une ombrelle, et son sourire, qui n’est plus perfide que pour lui, explique par quelques lacunes les fossettes qui, s’il ne riait plus, lui donneraient l’air trop boudeur. Celui-ci est pourtant un peu plus jeune que celui-là, et je compare ces deux frères disparates à deux maisons ; le 20 et le 22, sur le quai même qui nous occupe. La première n’a d’autre coquetterie que de porter convenablement son âge ; le seconde affecte l’air juvénile. Toutes les deux néanmoins sont duègnes, par les années ; une rampe d’escalier en fer qui a tenu bon, signe leur acte de naissance. C’était, sur la fin du règne de Louis-le-Grand, un seul et même hôtel, habité par un conseiller aux aides, puis au parlement, Antoite Le Feuve de la Malmaison, lequel compte parmi les ancêtres de l’auteur de la présente monographie. Sa fille Cathérine-Charlotte Le Feuve hérita de la propriété, mais habita rue de la Femme-sans-tête (aujourd’hui rue Le Regrattier) ; elle avait épousé un secrétaire du roi, introducteur des ambassadeurs, Michel de Chabenat, seigneur de Bonneuil et de la Malmaison, fils d’Etienne Chabenat, vicomte de Savigny, introducteur des ambassadeurs. Le fils de Mme de Chabenat mourut conseiller au parlement en 1747 et laissa trois enfants, dont l’un siège a à la place de son père.

Denis Hesselin. Parent-Duchâtelet. Le Nonce. Les Balcons et les Sérénades sur l’Eau. La grande Robe et les Grands-Échansons :
Levau dessina l’hôtel qui suit pour Demis Hesselin, panetier du roi, puis prévôt des marchands pendant deux ans, qui avait acquis 416 toises de terrain ; seulement le corps de logis qui s’éclaire sur la rue Poulletier fut élevé quelque années plus tard, et il ne s’est détaché de l’hôtel qu’en l’année 1826, pour servir de presbytère à la paroisse. Lenau y ayant eu pour collaborateurs des artistes de choix, l’ornementation était remarquable ; de nombreux bas-reliefs décoraient l’intérieur, et des miroirs le vestibule. Hesselin eut pour successeur, en 1669 François Molé, seigneur de Charonne, conseiller du roi, abbé de Sainte-Croix à Bordeaux, qui un demi-siècle après vendit au sieur Monerat, lequel eut pour cessionnaire en 1787 messire d’Ambrun de Moûtalets, intendant d’Auvergne. L’hôtel d’Ambrun fût acheté ensuite par le sieur Brochant, dont la veuve eut pour héritier M. Lechanteur. Mlle Lechanteur enfin a épousé M. Parent-Duchâtelet, qui a laissé un livre sur la prostitution ; cette dame, aujourd’hui veuve, a fait exhausser de deux étages la maison qui lui est restée. Parmi les locataires, qui s’y sont aussi succédé, il convient de signaler un nonce du Pape, dont le séjour remonte à l’époque de la publication de la bulle Unigenitus. L’ambassadeur du Saint-Père avait là une chapelle admirablement décorée, mais la destination de cette pièce de son appartement a dû être changée pour des occupants plus bourgeois, au nombre desquels a figuré M. Loquet, alors qu’il était maire du IXe arrondissement.

Le nonce apostolique avait aussi, dit-on, pour escalier un ancien salon de musique ; le fait est qu’un bas-relief en pierre y représentait Apollon et les Muses et qu’on découvrirait encore, sur la cage des degrés actuels, des peintures et des sculptures qui percent sous le badigeon. Toutefois les sérénades que se donnaient les riches insulaires partaient, de préférence, d’un bateau où, la nuit venue, les musiciens jetaient l’ancre sur la rivière. La sérénade nocturne convenait pour le mieux aux nombreuses galeries en saillie qui donnaient une couleur castillane à toutes les maisons du quai des Balcons, leur construction, d’ailleurs, était contemporaine de la représentation du Cid et de Don Sanche d’Aragon, qui mettaient l’Espagne à la mode plus encore que ne l’ont fait depuis les romans de Lesage et plus tard Hernani. Une vieille porte, une cour en demi-lune et un charmant balcon sur le devant sont restés, chez Mme Parent-Duchâtelet, ce qu’ils étaient au temps du nonce et des magistrats qui lui ont d’abord succédé. L’asile par excellence de la grande robe était cette ancienne île Notre-Dame, à laquelle n’en convenait que mieux le nom d’un roi qui avait rendu la justice jusque sous un chêne, à Vincennes

M. Perducet :
L’élite des marchands de vins en gros remplace, à l’heure qu’il est, les gros bonnets de la magistrature et du barreau dans un certain nombre des salons insulaires. L’éloquence du vin a cela de bon qu’elle coûte encore moins cher que celle des avocats et qu’elle perd plus gaiement son procès quand la raison passe de l’autre côté. Aussi ne répugna-t-il pas à des Montmorency de se qualifier grands bouteillers de France ! Pourquoi nos meilleurs marchands de vins ne seraient-ils pas logés comme dès seigneurs ? Feu M. Perducet, qui en vendit beaucoup avant de passer banquier, et dont les fils continuent le commerce, fut propriétaire du 26, refait à neuf en 1839. C’était un très brave homme, charitable comme un apôtre, adjoint au maire d’un arrondissement ; une maladie l’avait rendu aveugle, mais la science moderne lui avait restitué ce bien, qui ne se rachète pas ordinairement, la vue. Sa maison du quai de Béthune était abandonnée à la garde unique d’un portier, et délabrée de fond en comble lorsqu’il en fit l’acquisition des héritiers de Mme Dufour de Villeneuve. Cette dernière était morte en Auvergne, où elle s’était enfuie au premier coup de canon des journées de Juillet 1830, d’autant plus effrayée que son mari avait perdu la vie sur l’échafaud d’une autre révolution. L’immeuble avait été, au dernier siècle, l’hôtel de Binanville ; il appartient aujourd’hui à un banquier, M. Gilet.

De la maison qui vient ensuite, pourvue d’un vénérable escalier à rampe de fer, dispose M. Joigne. En y procédant à des réparations, il y a dix ans, on a trouvé un puits au milieu des caves. En effet, le sous-sol servait, dans le principe, de rez-de-chaussée à la propriété, et il en était de même pour les autres maisons riveraines, avant qu’il y eût réellement un quai. Chacune d’elles avait de plain-pied son embarcadère sur la Seine.

Le Chevalier Turgôt. Gomberville. Hôtel Perrault. M. Beuron :
Le 30 est également du siècle de Louis XIV. De délicieux reliefs dorés attestent cette origine, dans le salon et dans le cabinet de M.Tiercelin, qui en jouit. On venait y visiter le cabinet l’histoire naturelle du chevalier Turgot, frère du ministre, membre de l’Académie des sciences, peu d’années avant que le quai essayât involontairement de s’appeler de la Liberté. N’est-ce pas aussi l’ancienne demeure de Martin Le Roy, sieur de Gomberville et du Parc aux Chevaux ? Ce romancier, l’un des quarante, avait été secrétaire du roi, mais il s’était vu dans l’obligation de vendre sa charge, en raison du mécontentement qu’avait donné un petit livre de sa façon à la reine mère Anne d’Autriche. A force d’épargne il devint riche, et il affichait une austérité janséniste dont s’accommodait l’avarice ; il finit par être marguillier de Saint-Louis-en-l’Ile. Il avait pris une précaution qui ne messiérait pas aux romanciers actuels, en faisant mettre par Conrart dans le privilège de Polexandre qu’il était défendu « à tous faiseurs de comédies de prendre des arguments de pièces de théâtre dans son roman, sans sa permission ».

M. Carpentier, M. Monvoisin et Mme la marquise du Sandat, laquelle habite le château du même nom dans le département de la Gironde, possèdent le 32, le 34 et le 36. Deux de ces immeubles ont gardé, en dépit de maintes restaurations, leur cachet de contemporanéité avec le maréchal de Richelieu. Le dernier de ces numéros, restauré à plusieurs reprises par M. Gailleton et M. Jaluzot, qui s’y sont succédé comme propriétaires depuis le commencement de l’ère impériale, a perdu son premier aspect. Les insulaires d’un certain âge le qualifient encore hôtel Perrault. Mme la marquise de Forges l’a vendu, en 1807, à M. Jaluzot ; c’était la nièce du président Perrault, descendant de l’architecte qui, malgré tout son mérite, a défrayé la verve satirique de Boileau. De quelle cour était ce président ? probablement celle des comptes. Une tradition plus ancienne révèle qu’au temps de la Fronde, les vastes caves de cet immeuble servaient en secret d’entrepôt à des armes, qu’on en faisait sortir la nuit par une gargouilla donnant sur la Seine. Cette ouverture, fermée d’une large grille, existe encore, et elle parait dater d’une époque antérieure à tous ces mascarons contemporains de l’architecte Perrault, qui décorent la plupart des portes sur le quai.

Quant au 38, c’est un haut bâtiment percé de petites fenêtres et d’une petite porte, mais qui n’a rien perdu de sa physionomie première. M. Rousseau, notre envoyé, a reçu les communications de M. Beuron, marchand de bois, qui en est le propriétaire ; à son dire les maisons adjacentes de la rue des Deux-Ponts n’en auraient jadis fait qu’une avec la sienne, et c’est été d’abord un couvent. Effectivement chacune des habitations magistrales qui viennent de défiler devant nous ont eu leur miniature gravée au milieu du siècle XVIII sur le plan de Turgot, et la dernière n’y a pas plus manqué que la cour en parallélogramme qui lui est commune avec les premières maisons de la rue des Deux-Ponts. Nous remarquons pourtant dans cette photographie anticipée, qu’il y avait dès lors des boutiques à l’encoignure : ce qui ordinairement parait peu compatible avec la vocation monacale d’un édifice. D’autre part, nous n’ignorons pas que le Président Lambert de Thorigny fut propriétaire de tout le carré.

Il y a plus, le nombre des bâtiments était déjà le même en 1640, qu’à présent sur ce quai et n’y voyons-nous pas la preuve que les maçons allaient plus vite en besogne que les terrassiers ? Le Regrattier trésorier de la garde du corps du roi, ne s’était associé que vingt-six années plus tôt avec Marie et Poulletier, pour entreprendre l’établissement des ponts et des quais de l’île : le quai du Dauphin, pour sa part, ne s’acheva qu’en l’année 1646.

HÔTEL de BRETONVILLIERS
Rue de Bretonvilliers & rue Saint-Louis en l’Île

Annexe de la Ferme générale

Iconographie complémentaire :
• Raguenet, Nicolas Jean-Baptiste, Vue de Paris au XVIIIe siècle [la pointe Est de l’île Saint Louis], 1757. Musée Carnavalet.

Plan de situation

HÔTEL de BRETONVILLIERS (en grande partie détruit)
Rue de Bretonvilliers & rue Saint-Louis en l’Île

Cartographie complémentaire :
• Plan Robert de Vaugondy, 1723-1786 [sur site web BNF Gallica].
• Plan Bretez, 1739, planche 6.

Claude Le Ragois de Bretonvilliers, secrétaire au Conseil du roi Louis XIII, financier « ayant des intérêts dans les fermes », fit édifier, entre 1637 et 1643, un palais avec jardin en terrasse sur les plans de l’architecte Jean Androuet Du Cerceau. Cet ensemble immobilier (un hôtel principal et six hôtels de rapport) occupait toute la pointe orientale de l’île Saint-Louis à Paris.

Le « bureau général des aides », chargé de la perception des impôts sur les boissons et denrées, fut installé par la ferme générale à l’hôtel de Bretonvilliers au début du règne de Louis XV, avant d’être transféré rue Bouloi (hôtel des fermes).

A la veille de la Révolution, l’hôtel de Bretonvilliers était le siège de la « régie des entrées de Paris » et de sa comptabilité. Il accueillait également le comité préparatoire du conseil de la ferme, comité composé de trois fermiers généraux dont Antoine-Laurent Lavoisier. L’hôtel faisait successivement office de

* « bureau général de timbre et de distribution de papiers ou parchemins timbrés », selon les termes utilisés par la déclaration (révoquée) concernant le timbre du 4 août 1787 (art. 27). En 1775, les missions de ce bureau étaient décrites en ces termes (Lefeuve) : « Bureau général pour la distribution des Papiers et Parchemins timbrés, appelés Formules, à l’hôtel Bretonvilliers, où il y a un garde-magasin et un garde-général de cette Formule. Même hôtel, recette pour les Papiers et Parchemins timbrés à l’extraordinaire, pour la Généralité de Paris et celle d’Orléans ». De son côté, Antoine-Laurent Lavoisier, fermier général, notait parmi les employés de cette régie la présence d’un « garde-magasin de la formule ». Ce n’est plus le cas à la veille de la Révolution (hôtel Bautru-Colbert) ;

* « bureau de déclaration de recette des bois carrés » (arrêt du Conseil du 16 mars 1776). Les bois carrés étaient particulièrement utilisés pour la construction des navires ;

* « bureau des privilégiés » délivrant aux propriétaires parisiens de domaines à la campagne les autorisations (« exemptions ») pour faire entrer dans Paris les denrées provenant de ces propriétés. Ce bureau, créé par arrêt du Conseil du 13 octobre 1769, fut installé à l’hôtel de Bretonvilliers par arrêt du 2 octobre 1774.

En 1790, l’hôtel fut mis sous séquestre en tant que bien d’émigré, partagé entre de nombreux locataires et enfin vendu par l’Etat à l’occasion d’une loterie (mai 1795).

La ferme générale disposait d’une imprimerie à l’hôtel de Bretonvilliers. Fin 1791, Pierre Samuel Du Pont, qui fut député de Nemours à l’Assemblée constituante, fit, à la fin de son mandat, l’acquisition de cette imprimerie grâce à un prêt du fermier général Antoine-Laurent Lavoisier. Avant l’émigration aux Etats-Unis d’une partie de sa famille (1799), Du Pont de Nemours, éditeur de Quesnay, de Turgot et de l’Académie des sciences, publia nombre de documents touchant les administrations financières, et notamment en 1791, dans le cadre des débats de l’assemblée nationale, ses propres rapports concernant l’organisation de l’administration des douanes et de la régie des droits d’enregistrement. Du Pont, imprimeur-libraire installé rue de la Loi (rue de Richelieu) fut également le prestataire de la régie des hypothèques (hôtel de Bullion).

Un pavillon en arcade, donnant accès à la voie privée (aujourd’hui rue de Bretonvilliers) qui desservait cet ensemble immobilier, est le seul vestige de l’hôtel de Bretonvilliers. Ce dernier fut détruit lors du percement du boulevard Henri-IV entre 1840 et 1866.

Sources bibliographiques

• Almanach royal années 1720 à 1789 : version BNF numérisée.
• Centre historique des Archives nationales, Inventaire des rues de Paris
• De Andia, Béatrice, L’île Saint Louis, Action artistique de la ville de Paris, 1997, pp. 168-175.
• Hillairet, Jacques, L’île Saint Louis. Paris, Les Editions de Minuit, 1967. 285 p. + 7 tableaux généalogiques [dont celui de la famille Le Ragois de Bretonvilliers].
• Lavoisier, Antoine Laurent, Calculs des produits des différents baux de la Ferme générale (…). Manuscrit, 1774. [Lavoisier (1743-1794) était fermier général depuis 1779 et gendre du fermier général Jacques Paulze, directeur de la Compagnie des Indes]
• Lefeuve, Charles, Histoire de Paris rue par rue, maison par maison. 1875.
• Pérouse de Montclos, Jean-Marie, Le guide du patrimoine : Paris. Paris, Ministère de la culture, 1994, pp. 141-142.
• Ruelland, Jacques G., Marie-Anne Pierrette Paulze-Lavoisier (…). Paris : revue XVIIIe siècle, n°36, 2004, pp. 99-112.

LE CHATEAU de Le RAGOIS de BRETONVILLIERS au PLATEAU d’AVRON

UN CHÂTEAU EN REMPLACE UN AUTRE ….

Lorsqu’en 1634 le très fortuné Claude Le Ragois de Bretonvilliers qui est conseiller du roi Louis XIII et Secrétaire des Finances achète à Louis de Donon « la seigneurie d’Avron , appartenances et dépendances » ,le château était en piteux état .. Autour de celui ci s’étaient déployées des habitations plus ou moins légères et en plus en moins bon état . Il avait aussi acheté en 1643 , sur adjudication , le Château de Villemomble et ensuite celui de Noisy le Sec . (*)

Le site du Plateau d’Avon présentant un intérêt tout particulier par sa situation qui permettait de dominer toute la région , il n’était pas question pour Claude Le Ragois de Bretonviliers de conserver des bâtiments aussi vétustes et médiocres . Il entreprit de faire démolir l’ensemble de l’ancien château et dépendances pour y faire entreprendre la construction d’une immense demeure de style Louis XIII , très luxueuse.

La construction du Château d’Avron dura une dizaine d’années (1634 à 1645). Au 19 ème siècle à l’occasion de travaux qui touchèrent les murs qui soutenaient la magnifique terrasse qui s’avançait au niveau de l’actuel carrefour de l’Avenue de l’Ouest et du Bois Chatel , la découverte de pièces de monnaies datées , permet de dire que la construction fut terminée en 1650.

(*) il est souvent prétendu que le Château d’Avron était sur le territoire de Villemomble…..parce que Claude Le Ragois de Bretonvilliers était propriétaire des deux châteaux ….. En fait , le territoire d’Avron était jusqu’en 1790 rattaché à la paroisse de Neuilly sur Marne auprès de laquelle étaient enregistrés tous les actes de vie ( naissances , baptêmes, mariages , décès …) La partie avronnaise sur laquelle était édifiée le château, avait été attribuée à Rosny sous Bois en 1808 . Par la suite , à la création de Neuilly Plaisance en 1892 , il y eut de nouvelles limites fixées entre Rosny , Villemomble et Neuilly Plaisance . A aucun moment le château d’Avron ne fut territorialement à Villemomble , à l’exception d’une petite partie du parc ou se situait un pavillon de chasse dit de Beauregard .

DESCRIPTION DE L’ENSEMBLE DU CHÂTEAU

Peu de documents donnent un descriptif détaillé de cette magnifique demeure. Néanmoins à partir de la gravure du château établie par le dessinateur-graveur Israël Silvestre et d’informations retrouvés dans divers documents historiques , on peut en établir la description suivante :

- > il était indiscutablement de style Louis XIII et rappelait par certains aspects extérieurs l’hôtel particulier parisien que Le Ragois s’était fait construire dans l’Ile Saint Louis de 1637 à 1640.

- > sa surface au sol occupait un rectangle de 83mx46m .Il était entouré de fossés maçonnés « à parements » , pleins d’eau que l’on franchissait par un pont de pierres maçonné à double arche. Les fossés étaient entourés d’une balustrade en pierre.

- > le bâtiment d’habitation principale comportait deux étages carrés sur un rez de chaussée surélevé . Il était flanqué de chaque côté de deux corps de bâtiment qui débordaient de façon à former une cour d’honneur formant terrasse.

- > les toitures étaient pointues et couvertes d’ardoises. Les cheminées étaient monumentales.

⇒ sur les côtés deux pavillons étaient reliés entre eux par une succession d’arcades à pilastres ioniques et l’arcade centrale , surmonté d’un fronton cintré. L’ensemble formait l’entrée d’honneur à laquelle on parvenait par un pont. Il existait aussi deux autres ponts-levis qui permettaient de pénétrer dans la cour d’honneur par les côtés en passant sous des porches qui avaient été conçus à cet effet dans les pavillons d’angle pour faciliter la promenade des occupants et des visiteurs

LE PARC , PIECES D’EAU ET JARDINS DU CHATEAU

L’ensemble était agrémenté de pièces d’eau et de parterres savamment dessinés . Côté de l’actuelle rue du Bois Châtel il y avait une immense terrasse naturelle qui dominait la vallée de l’Abîme qui permettait de voir jusqu’à Gagny , Montfermeil , Neuilly sur Marne , Chelles ….

- > le côté sud du château ( entre le N° 123 et 143 de la Rue Jules Guesde ) faisait face à un immense terre plein herbeux bordé de grands alignements d’arbres qui allongeait la perspectives. A l’extrémité se trouvait la « Mare aux loups ». Ce grand terre plein était désigné sous le nom de « la pelouse du château » et le lieu a non seulement de nos jours conservé ce nom au cadastre…mais on retrouve aussi des noms de rues sur Avron qui font référence à cette pelouse ( Chemin de la Pelouse , Avenue de la Pelouse …)

- > la côté Nord faisait face à des jardins « à la française » que la rumeur attribuerait au célèbre jardinier du roi ,Le Nôtre. Celui ci proche de Le Ragois à la cour , aurait fait des essais sur le château d’Avron avant de réaliser ceux de Versailles . Ce parc de près de 10 hectares dit « de Beauregard » comportait un pavillon de chasse ou venaient se réfugier discrètement les amoureux …..Il comportait également une vaste pièce d’eau d’environ 78m x 35 m. Ce bassin ,comme les fossés qui entouraient le château étaient empoissonnés . Les paysans et habitants du Plateau d’Avron avaient le droit d’y pêcher contre paiement d’un droit destiné à ré-empoissonner..

Le plan ci-dessous , qui a été retrouvé dans les documents d’époque, permet de bien visualiser l’ensemble de la description ( jardins , château et pièces d’eau) . Le Plan en couleurs est extrait du »Grand Livre de Villemomble » de Guy Martignon (Edition La Lampe de Mémoire 2006 ) avec l’aimable autorisation de l’Auteur.

Légende des couleurs : vert pale : pré, pelouses, potagers, vergers et jardins - Vert Foncé : futaies ; Violet :vignes ; Bleu : fossés , bassins et mares.

Les pièces d’eau et fossés étaient dangereux et il n’était pas rare d’y retrouver des gens noyés ,comme cela arriva à Claude Mentienne , concierge et jardinier demeurant au château d’Avron dont il est rapporté dans un acte de l’époque qu’il fut … « trouvé avant hier ( 21/01/1756) noyé dans les fosés dudit château , dont le cadavre a été visité par ordre de justice comme il appert par le procès verbal fait par le sieur Emile Cottereau , lieutenant ordinaire de la prévôté dudit Avron du jour d’hier. »

Un autre document fait la description de la propriété en ces termes : .

« L’existence de l’Hôstel d’Avron est attesté en 1424. Il est démoli en 1649 lors de l’édification du château de Claude Le Ragois de Bretonvilliers. Sur la carte de Delagrive (1740) figure trois corps de bâtiment en U sur une plate-forme d’environ 4950 m2 ceinte d’un large fossé en eau à parements maçonnés. Le bâtiment d’habitation occupe le côté Est de la plate-forme. Il est haut de deux étages sur rez-de-chaussée surélevé et est constitué d’un corps central à cinq travées flanqués de deux pavillons latéraux. Deux ailes font retour sur la cour. Aux angles nord-ouest et sud-ouest de celles-ci se trouvent deux pavillons reliés entre eux par une série d’arcades à pilastres. Trois ponts, un face au logis, un sous chacun des pavillons d’angle, permettent d’accéder à la cour d’honneur. Celle-ci a une superficie d’environ 4250 m² ; l’angle sud-ouest de l’ensemble immobilier est occupée par une petite construction. Sur la carte des Chasses (1764-1808), deux autres bâtiments sont représentés dans la cour d’honneur. Sur des plans d’intendance ou figure le Plateau d’Avron , figure au fond de la propriété : des jardins et au nord : des parterres,ainsi qu’une construction en forme de poire qui était peut-être une glacière. En 1794, le château est transformé en bâtiments d’exploitation. Sa démolition commence en 1805. En 1850, le château est complètement démoli en temps que tel . Il ne subsiste plus que quelques pans de murs jusqu’à la fin des années 1950 le sol a été nivelé et les fossés comblés dans les années 1960 »
L’ensemble des précisions d’un document à l’autre se confirment et permettent ainsi d’avoir une vue tout à fait crédible de l’ensemble qu’était ce château.

L’INTERIEUR DU CHÂTEAU

On ne sait pas quel était l’état intérieur du château à l’époque de son occupation par la famille Le Ragois de Bretonvilliers , mais on peut sans peine imaginer qu’il était très luxueusement équipé .

On dispose par contre d’ un inventaire (*) très intéressant établit pour la vente du château d’Avron le 16 Octobre 1785 par René François Gondot à Anne Delpech (1731-1791) Veuve de Montmorency . On peut imaginer sans difficultés qu’il s’agit là d’un minimum ….

« Dans les salons et chambres des myriades de canapés et fauteuils recouverts de tapisseries des Gobelins , des commodes en marqueteries, des glaces de grande dimension, des tableaux que l’inventaire réalisé en 1785 évalue à plus de 10o ornent les murs de chaque appartement ; multitude de plats , de girandoles et chandeliers en argent , quantité de verrerie en cristal , 50 douzaines de serviettes damassées , 20 douzaines ouvrées , 32 nappes et 65 paires de draps et dans le caveau 25 pièces de vin de Bourgogne , rouge et blanc de Cahors , de Bordeaux , d’Anjou, liqueurs ou vin d’Andalousie , eau de vie de Cognac , sirop de Calebasse et environ 900 bouteilles de vins divers et 100 bouteilles de champagnes » (AN. ET/LIV/647)

L’inventaire de 1785 décrit l’intérieur en bon état , meublé , et les décors intérieurs sompteux :

« Le corps de logis du milieu comprend un grand vestibule d’apparat et des salons appelés d’Automne ou d’Eté que l’on rejoint par une galerie ornée de tableaux dont certains de Le Nain , de Boucher. Au premier et au deuxième étage les chambres sont de véritables appartements décorés de glaces de Saint-Gobain , de tableaux et les baies habillées de rideaux de soi. Au premier étage on trouve un cabinet d’histoire naturelle composé d’un grand amphithéâtre à pieds et de grandes cages à pieds remplies de coquilles et de minéraux , aux murs de grands tableaux représentant des plantes marines , on remarque encore un miroir à reflets d’objets et un grand télescope. Plus loin un boudoir sert de bibliothèque avec une armoire en bois d’acacias garnie de bronze d’or ou à l’intérieur sont exposés plus de 1000 volumes .

Le combles du bâtiment principal logent les domestiques dans deux grandes chambres et 12 petites avec des lits de sangles garnis de leurs matelas et traversins. La salle à manger dont le plafond à caissons est éclairé par une belle lanterne se trouve au rez-de-chaussée bas. Il y a cinq tables , deux belles glaces , un grand poêle, plusieurs buffets recouverts de marbre, une fontaine et quatorze fauteuils de moquette bleu et blanc et aux murs huit tableaux. A droite et à gauche sont les offices avec une multitude de plats , compotiers , saladiers , soupières, écuelles , jattes à bouillon , girandoles , chandeliers , cafetières , quantité de verrerie et d’ornements et dans le second office un buffet avec une infinité de pots de confitures et six tableaux représentant des fruits .

Deux pavillons saillants donnent sur la cour d’honneur , l’un est dénommé le pavillon de billard et comprend une salle à manger , des appartements et un salon ou trône un grand billard. Dans l’autre il y a la chapelle avec au mur quantité de tableaux de part et d’autre de l’autel. Nous ne saurions oublier une serre et un fruitier , deux bûchers , une laiterie , un grand et superbe colombier avec trois mille cases à pigeons et une grande échelle tournante , ce colombier est l’un des plus beau qu’on puisse voir , il a coûté plus de 50000 livres, la maison du jardinier , deux granges , une écurie pour 20 chevaux, une vacherie pour 20 vaches , un poulailler avec 100 volailles, une lingerie et des caves et caveaux » ( AN. ET/VI/846 Acte de Vente de Maître Morin Melchior Thomas du 16 Oct 1785 par René François Gondot à Anne Delpech)

(*) Relevé d’inventaire effectué par Mr Guy Martignon que nous remercions de nous avoir communiqué ce texte )

Que sont devenus toutes « richesses » ???

LE JARDIN POTAGER DU CHÂTEAU

Dans une étude réalisée en Janvier 2007 par Faure-Jarrosson (B) sous le titre « Noël Chomel (1763-1731) , prêtre engagé et ménager encyclopédiste » (à paraître) , nous relevons le chapitre suivant à propos du Château d’Avron :

« Noël Chomel entre dans les années suivantes au séminaire de Saint-Sulpice……Son supérieur à Saint-Sulpice lui remarque « un esprit d’ordre et de détail, avec de l’activité et de la conduite7 » et le charge de gérer les terres que la communauté possède à Avron , à l’est de Paris ……C’est Alexandre Le Ragois de Bretonvilliers, qui est le supérieur général pendant le séjour de ce dernier, de la mort d’Olier en 1657 à la sienne en 1676. Il est le fils et l’héritier de Claude Le Ragois de Bretonvilliers, richissime financier mort en 1645, et seigneur d’Avro n. Dès 1645, Alexandre de Bretonvilliers met le château d’Avron à la disposition du séminaire de Saint-Sulpice. C’est donc plus probablement lui qui remarque Chomel et l’envoie exploiter les terres dépendant de sa seigneurie pour le compte du séminaire. En 1669, Noël Chomel réside ordinairement au séminaire d’Avron (*) .

C’est dans cette période, entre 1662 et 1671, qu’il consulte souvent Jean-Baptiste de La Quintinié (1624-1688), auprès de qui il apprend beaucoup. La Quintinié s’est formé à l’art des jardins à partir de 1653. Avec Le Nôtre, Le Vau et Le Brun, il est l’un des spécialistes qui excellent au service de Fouquet et que Louis XIV embauche après avoir disgracié ce dernier en 1661. Nommé en 1673, intendant des jardins à fruit, puis en 1677 directeur des jardins fruitiers et potagers du roi, La Quintinié est un grand découvreur dans son domaine, en particulier au sujet de la taille des arbres. Chomel a pu apprendre auprès de lui non seulement l’agronomie mais aussi l’art de l’expérimentation systématique et la thésaurisation du savoir. C’est dans le domaine d’Avron que Noël Chomel a dû se livrer à l’application de ces découvertes. En mars 1671, Noël Chomel est, une dernière fois, qualifié de prêtre demeurant au séminaire de Saint-Sulpice à Paris10. »

(*) voir dans le présent site la page sur le séminaire d’Avron et les Solitaires d’Avron . Dans le « Réglement pour les ecclésiastiques d’Avron » on relève que deux fois par jour ,une heure était consacrée à « travailler au jardin » pour produire les légumes nécessaires aux repas …..mais ce travail devait s’effectuer … « dans un silence exact, à moins que de parler de Dieu ou de demander des avis spirituels sur ses actions et ses besoins….

Info complémentaires : Dans le texte de l’étude cité ci-dessus La Quintinie est évoqué aux côtés de Le Nôtre , Le Vau et Le Brun dont il est présumé qu’ils ont travaillé à réaliser le Château d’Avron avec d’autres grands noms , ce qui n’a rien d’étonnant lorsque l’on sait que Claude Le Ragois de Bretonvilliers était un personnage important du royaume. Secrétaire au Conseil du roi Louis XIII, financier « ayant des intérêts dans les fermes », il avait fait édifier, entre 1637 et 1643 à Paris à la pointe orientale de l’île Saint-Louis un palais avec jardin en terrasse sur les plans de l’architecte Jean Androuet Du Cerceau. Cet ensemble immobilier comprenait un hôtel principal et six hôtels de rapport.. (gravure ci contre)

Il aurait utilisé pour la construction du Château d’Avron le même célèbre architecte qui aurait repris l’esprit de l’hôtel de Paris (avec jardins en terrasse) ainsi que les autres artistes célèbres cités ci-dessus . L’Hotel de Bretonvilliers a depuis été démoli et une rue a été dénommée en souvenir : Rue de Bretonvilliers .

ANECDOTE SUR AVRON EN 1605

Nicolle GUIEPE ABUSEE PAR GUILLAUME …….

Le 28 Avril 1605 à l’époque de l’ancien château « l’Hostel d’Avron » (celui qui a précédé le Château du Ragois de Bretonvilliers) , un certain Jacques Ancelin qui était une sorte d’huissier ou d’auxiliaire de justice s’était rendu en la maison du meunier d’Avron pour rédiger , moyennant rétribution ( 5 sols tournois) un procès verbal suite à une plainte de la servante du dit meunier .

De ce procès verbal il est à retenir le passage suivant : « ….dans la maison de Pierre de la Roche , meunier d’Avron , Nicolle Guiepe sa servante dit avoir été débauchée et qu’elle est enceinte, grosse de sept mois environ de Guillaume serviteur de Mademoiselle d’Avron , qui dans le bois d’Avron ou il l’avait suivie a été plusieurs fois son compagnon et il lui avait promis mariage … »

Ce Guillaume s’étant semble-t-il…défilé…des conséquences de ses actes , la dite Nicolle…apparemment consentante ( « plusieurs fois .. ») entendait donc rappeler à ses obligations le séducteur ….
Un faits divers vécu….. il y a 400 ans ! et qui démontre que les jeunes gens des années 1600 n’ étaient pas plus sages que ceux d’aujourd’hui…...


Anne Louis Jules de MALON, chevalier (v. 1644 + 5-10-1707), seigneur de Bercy, Conflans, Charenton, des Carrières, de la Grange au Mercier, conseiller au Parlement de Metz (1662), de Paris (1667), maître des Requêtes (1674), intendant en Auvergne (1683), en Bourbonnais et à Lyon (1684), et Intendant pour la visite des Port de Mer (1686),fils de Charles Henri de MALON et de Françoise BERTHELIN.

x février 1677 Marie Angélique LE RAGOIS de Bretonvilliers

* Charles Henri de MALON .
* Jean de MALON (1678 + 1723) seigneur de Charenton, enseigne des vaisseaux du Roi.
* Louis Claude de MALON (1680 + )

Charles Henri de MALON, chevalier(+ 19-1-1742), seigneur de Bercy, Conflans, Charenton, baron de Couvron, conseiller au Grand conseil (1702), maître des Requêtes ordinaires de l’Hotel du Roi (1706), chargé en 1708 de la direction des Ponts et Chaussées, conseiller d’Etat et Intendant des finances de 1709 à 1715, fils d’Anne Louis Jules de MALON et de Marie Angélique LE RAGOIS de Bretonvilliers.

x 21-9-1705 Charlotte Angélique DESMARETZ (+ 10-9-1745)

* Nicolas Charles de MALON

Louis Claude de MALON (1680 + ) lieutenant en 1704, capitaine au Garde de 1714 à 1725, fils d’Anne Louis Jules de MALON et de Marie Angélique LE RAGOIS de Bretonvilliers.

x 1728 Henriette Victoire COLLART (1704 + 21-5-1729)

* Marie Charlotte de MALON (18-5-1729 + 9-9-1760) x 7-11-1747 François Louis de SALIGNAC, marquis de Fénélon, arrière-petit-neveu du précepteur du Duc de Bourgogne.

Le Tellier, Charles François Sexe : Masculin
Naissance : 12 septembre 1734
Décès : 13 décembre 1765
Parents :
Père : Le Tellier, "François" Michel César marquis de Courtenvaux
Mère : Gontaut-Biron (de), Louise Antonine
Famille :
Mariage : 20 juin 1753
Conjoint :
Le Ragois de Bretonvilliers, Charlotte-Benigne Sexe : Féminin
Enfant(s) :
Le Tellier, Bénigne

La Rochefoucauld (de), Ambroise-Polycarpe duc de Surgères Sexe : Masculin
Naissance : 22 avril 1765
Décès : 02 juin 1841
Parents :
Père : La Rochefoucauld (de), Jean-François vicomte de Surgères
Mère : Chauvelin, Anne-Rosalie
Famille :
Mariage : 08 avril 1779
Conjoint :
Le Tellier, Bénigne Sexe : Féminin
Naissance : 04 juin 1764
Décès : 24 janvier 1849
Parents :
Père : Le Tellier, Charles François
Mère : Le Ragois de Bretonvilliers, Charlotte-Benigne
Enfant(s) :
La Rochefoucauld (de), Françoise
La Rochefoucauld (de), Sosthène duc de Doudeauville

Essai sur les seigneurs de Villemomble.

La seigneurie de Villemomble relevait en 987 du comté de Senlis (Oise), domaine royal primitif avec les autres comtés d’Etampes, Poissy et d’Orléans.

· Les seigneurs châtelains de Villemomble possédaient des fiefs mouvants tenus par des vassaux à Fontenay, Montreuil et Rosny sous Bois, toutes localités proches du domaine royal du bois de Vincennes, ainsi qu’à Charonne, Paris, Gagny, Neuilly sur Marne et autres. La majorité de ces fiefs était à Montreuil-sous-Bois, localités où les fiefs relevaient de 3 entités

· 1) de la châtellenie de Villemomble

· 2) du fief de Brie Comte Robert appartenant au douaire de la reine Jeanne d’Evreux veuve de Charles IV le Bel ( 1322-1328)

· 3) du fief d’Orléans réuni au précédent par cession en 1376.

Ces dispositions resteront en vigueur jusqu’à la création de la prévôté de Paris et de l’Ile de France. A partir de cette époque, toutes ces propriétés dépendent du roi et du Châtelet de Paris. Compte tenu de ces divisions, le titre de seigneur de Villemomble recouvre des réalités bien différentes et il faut distinguer :

· Les seigneurs suzerains possédant la totalité des droits sur la seigneurie, la châtellenie et la baronnie. Héritiers de la noblesse féodale, ils se distinguent de leurs procureurs qui se déclarent châtelains mais sont simples gestionnaires du domaine confié .

· Les seigneurs des fiefs mouvants de Villemomble non inclus dans la baronnie.

· Les seigneurs des fiefs de la baronnie de Villemomble

· Les seigneurs de Noisy-le-sec, localité directement vassale de la châtellenie de Villemomble.

Nota) Tous ces fiefs, terres nobles à l’origine, sont indépendants des propriétés relevant de l’évêque de Paris ( terres ecclésiastiques, abbayes, fondations diverses etc ) Il s’agit d’un document de travail et la datation est sujette à caution avant le XIV ème siècle.

I ) Les seigneurs de Villemomble

1er seigneur de Villemonble :
Raoul II de Mauvoisin, vicomte de Mantes (1080) Seigneur de Villemomble

32ème :
Claude Le Ragois de Bretonvilliers ( 1640-1652 ) époux de Marie Acarie, seigneur de Villemomble par adjudication

33ème :
Jean Le Ragois de Bretonvilliers ( 1653-1655 ) conseiller au Parlement

34 ème : Alexandre Le Ragois de Bretonvilliers ( 1656-1657 ) curé de Saint-Sulpice

Jacques Paget, Maître de Requères (1657 ) Seigneur de Villemomble

35ème
Bénigne Le Ragois de Bretonvilliers ( 1679-1700 )

36ème
Jean Baptiste Le Ragois de Bretonvilliers ( 1701-1711 ) Lieutenant Général d’Ile de France

37ème
Bénigne (2) Le Ragois de Bretonvilliers ( 1712-1760 ) Maréchal de Camp

38ème
Charlotte Le Ragois de Bretonvilliers, marquise de Montmirail ( 1760-1765 ) épouse de Charles François Le Tellier (famille de Louvois)

2 ) Les fiefs mouvants de Villemomble

fief de la baronnie de Villemomble : Claude Le Ragois de Bretonvilliers ( 1634- 1654 )

Fief de la Garenne de Villemomble avec manoir : Famille Le Ragois de Bretonvilliers ( 1643-1669 )

4 ) Seigneurie de Noisy le sec relevant en fief de Villemomble

Famille Le Ragois de Bretonvilliers - Seigneur de Noisy-le-sec et Villemomble, 1643-1763

Charles François Le Tellier, époux de Charlotte Le Ragois, marquise de Montmirail, Seigneur de Noisy-le-sec et Villemomble, 1763-1765

Rymaille sur les plus célébres bibliothières de Paris*
par le gyrovague simpliste
M. DC. XLIX

Ad turbam in excellentissimo horto Palatii Aurelianensis deambulantem.
Rabbinus odit, amat, punit, conservat, honorat,
Nequitiam, pacem, crimina, jura, probos.

(1) La bibliothèque de la famille de Thou, sur laquelle on peut voir les travaux de M. Pichon et de M. Apollin Briquet. M. Le Roux de Lincy doit aussi publier tout un livre sur ce sujet. (A. M.)
(2) Gilbert Gaulmin, l’orientaliste
3) Fondeur de caractères. C’est son aïeul qui a gravé, à Venise, les types hébraïques et rabbiniques. (A. M.)
(4) L’art de Raymond Lulle, la recherche de la pierre philosophale. (A. M.)
(5) L’histoire des pierres. (A. M.)
(6) L’art de décrire les plantes.(A. M.)
(7) Ce qui se rapporte aux fleurs.(A. M.)
(8) Tulifanomanie
Tulipanomanie
Tulifantomanie
Tulipanthomanie
à ???infulare.
(9) de karuophyllou, clou de girofle.(A. M.)
(10) L’histoire des serpents. (A. M.)

La bibliothèque royale
Pour tout le monde est doctrinale ;
A celle Seguier, chancelier,
Pauvre et riche y vont estudier ;
Tous studieux ont un magazin
Chez le cardinal Mazarin ;
Le prince des doctes, Hardi,
A le moindre livre choisi ;
Saint-Germain, Saint-Victor,
Vallent bien plus que l’or ;
La scholastique de Sorbonne,
Des Jésuites, des Jacobins,
Des Cluni et des Bernardins,
Des Cordeliers , des Augustins,
Des Carmes et des Maturins,
Et celle de Navarre est bonne,
Mangot, Tou (1) l’Aisné et Gomin (2)
Fournissent le Zoar Rabbin ;
Chez le mercurial Bourdelot
Le Midrasch est chez Dufour,
Ferrier a Bereschith-Tannour ;
Spéculations aux Celestins,
Aux Chartreux, Aux Martinitins,
Aux Fuliants (sic), aux Carmelitins,
Aux Recolets et Capucins ;
Aux Minimes Mathématique ;
Vieille et nouvelle scholastique,
Les controverses chez Veron
Et chez Dartis le droict canon ;
Le droict civil chez Bicheteau,
Canon, civil, chez Raveneau,
Théologie et droict chez Corbin,
Moreau a toute la physique
Et Gassen tout la rhétorique,
Grammatiquailles chez Patin ;
L’alchymie est chez Du Hamel
Et la variété chez Mantel ;
Riolan a tout la médecine,
Tant grecque qu’arabe et latine,
Le Vasseur la philosophie
Et Bechet la cosmographie ;
L’astrologie est chez Morin ;
Antiquailles, Montmaur, Tarin ;
Des Mesme a tout la rareté
Et De Metz tout la propreté ;
La curiosité de Chambon
Est un ramas utile et bon ;
L’hébreu est chez Rabbi l’abbé,
Et tout l’arabe chez Le Bé (3) ;
Du Bois a le grec et latin
Et Scaron tout le baragoin ;
Le Vasi a tout l’art lullique (4)
Et Scuderitout l’art rymique,
Petavius la chronologie ;
Mezéré l’hystoriographie,
Orim la métallologie,
Tourne-Mer la lithographie (5),
Minéralogie, zoophytologie,
Ichtyologie, et ornithologie,
Blondel a la phytologie (6),
Les Morin ont l’anthologie (7)
Tulipanthomanie (8), caryophyllomanie (9)
Papillonomanie, et conchyoliomanie,
L’ophiologie (10) chez Robin,
L’encyclopédie chez Aulin ;
Les livres des Roches ont belle couverture,
Mais leur maistre n’en donne scienec ni lecture.
Tout rebut chez Breton-Villiers,
Au Pont-Neuf ma bibliotière.
AUX LIZARDS.
Dom Jacob, bibliotier,
Et Naudé grand ramassier,
Pourront faire un dictionnaire
Pour les docteurs de grammaire ;
Vaugelas pourra estudier
L’approbation par Le Vaier.

Présentation

Au temps des Mazarinades, il suffisait, pour vendre n’importe quoi, de l’imprimer in-4°, sur du papier à chandelle, et de le crier dans les rues ; les passants, qui s’attendaient à du Mazarin, achetaient tout ou à peu près, et M. Moreau, le catalogueur juré de touts ces pièces éphémères, a dû, par suite de la conformité d’époque, de format et de vente, donner place dans sa curieuse bibliographie à plus d’une pièce qui n’avait rien de politique, mais qui s’était publié et conservé avec les autres. C’était une spéculation du genre de celle qui a eu grand cours après 1848, la fabrication en grand de médailles archi-révolutionnaires, destinées à être cataloguées et gravées pour s’imposer de force aux collectionneurs. La Rymaille qu’on va lire n’a pas une importance plus réelle ; ce sont deux feuillets in-4°, un pour le titre et un pour les vers, si l’on peut donner ce nom à de méchantes lignes mal pensées et mal rmées, pour lesquelles l’auteur, ou plutôt l’imprimeur, ne s’est pas mis en grands frais ; il lui suffisait d’en tirer quelques patards, et il serait fort étonné que M. Colomb de Batines - en 1842, selon M. Moreau (n° 3550), - que M. Léon de Laborde, dans ses curieuses notes sur le palais Mazarin (p. 194-5), et qu’enfin cet Annuaire, qui la recueille à son tour à cause du titre, fassent à cette niaiserie, dont l’édition originale est presque une rareté, recommandation des plus suffisantes aux yeux de certains curieux, l’honneur de la réimprimer à deux siècles de distance.
En effet, bien qu’elle soit à peu près découpée dans le chapitre que le Père Jacob a, dans on Traité des plus célèbres bibliothèques, publié en 1644, consacré aux collections parisiennes, - et ce chapitre, comme aussi les vers de Marolles dans son bizarre volume de quatrains sur Paris, serait la meilleure annotation de la pièce de 1649, si elle méritait vraiment d’en avoit une,- la Rymaille ne se peut pas prendre pour un document bien sérieux ; le plus grand nombre de bibliothèques citées sont réelles ; mais n’est-ce pas une pure fantaisie poétique que de mettre les historiens, les poëtes et les burlesques chez Mézeary, chez Scudéry et chez Scarron ? Les noms appelaient trop naturellement la nature des livres qu’on pouvait leur attribuer.
L’auteur s’est caché sous le nom du Girouague, ou plutôt du Girovague, du Promeneur simpliste, du latin gyrus, cercle, conservé dans l’italien girare, et personne n’a dit son nom.
Il était certainement prêtre, puisque le nom même de Girovagues s’est appliqué à des religieux qui ne font partie d’aucune maison, et vont de monastère en monastère. De plus, il a demeuré à la Chartreuse de Paris, où il était peut-être attaché au parti de Gaston, car je ne vois pas d’autre moyen de rendre compte de la dédicace " à la foule qui se promène dans le beau jardin d’Orléans", c’est-à-dire du palais du Luxembourg. D’un autre côté, je verrais volontiers, dans cette pièce, l’oeuvre d’un hébraïsant ; la présence de caractères hébreux dans une note aussi pédante et aussi nécessaire que possible, la connaissance et la préoccupation évidente d’ouvrages hébraïques et de collections en cette langue, me le feraient supposer. Mais de là au nom il y a loin. Un distique, dans cette sorte de vers rapportés, auxquels Tabourot a consacré le 13e chapitre des Bigarrures, et venant, on ne sait trop pourquoi : " Rabbinus déteste la méchanceté, aime la paix, punit les crimes, conserve les droits, honore les gens de bien, " est une énigme encore plus qu’une épigraphe. Voir dans Rabbinus l’anagramme de Barbinus n’avacerait à rien, car en quoi le libraire Barbin satisferait-il à toutes ces conditions ?
J’y verrais plutôt la traduction du nom de cet abbé Rabbi, cité pour savoir tout l’hébreu ; s’il a réellement existé un abbé Rabbi, ce que je ne sais pas et ce que la postérité se passera de très-bien savoir au juste, ce serait lui ou un de ses amis qui aura broché la pièce pour y glisser ce nom et lui donner le plaisir d’être imprimé en illustre compagnie. En même temps si elle n’est pas contre le cardinal :

Tous studieux ont un magasin
Chez le cardinal Mazarin,

elle doit avoir été écrite, in cauda venenum, pour jouer un tour à l’abbé Des Roches et à M. le Ragois de Bretonvilliers, président de la Chambre des Comptes qui avait, en effet, une bibliothèque dans sa belle maison de la pointe de l’île Saint-Louis. Autrement, comment, à la fin, expliquer le lardon aussi peu correct que spirituel :

les livres Des Roches ont belle couverture
Mais leur maistre n’en donne science ny lecture ;
et le suivant :
Tout rebut chez Breton-Villiers,

qui ne sont nullement préparés par la sèche, et élogieuse banalité de toutes les mentions précédentes ? La pièce aurait alors été faite pour servir, sans en avoir l’air, une petite vanité et une petite vengeance personnelles, sentiments à peu près aussi honorables l’un que l’autre, surtout quand ils sont réunis, mais qu’on a beaucoup vus, et qui continuent à se porter à merveille.

Anatole de Montaiglon
Just Manson

Just Edouard Manson, né à Saint Christophe (Charente-Maritime) le 27 novembre 1850 mort en 1917,dilétante et inventeur, il se fit remarquer par quelques tentatives de réalisations originales, notament un vélocipède dont le pédalier était aidé par un axe vertical pourvu d’une voiture tournante.Il fut réalisé par Monsieur Pouvreau, maréchal ferrant du village, mais ne donna semble-t-il pas tous les résultats escomptés. Un projet de balance romaine de grande dimension pour peser les animaux n’eût guère plus de succès.

Ce cahier fut rédigé en 1890 pour sa petite cousine Maria Martin, elle avait 10 ans.
Maria Martin épouse Turgné (1880 1967)

Just Manson se passionna pour l’histoire de son village, collectionna les documents et écrivit de petits cahiers sur lesquels il relatait ce qu’il avait appris ou découvert.

De tous ces cahiers il n’en reste qu’un gardé par Maria et récupéré à sa mort par Michel Boutin, son petit fils, retranscrit aujourd’hui par moi, Claude, son arrière petite fille.

L’original a été donné par Michel Boutin à la bibliothèque de La Rochelle et peut être consulté.

Saint Christophe est un petit village d’Aunis en Charente-maritime à 15 kilomètres de La Rochelle sur la route de Rochefort à Marans.
On peut noter que le seigneur de Saint Christophe se nommait Pierre Chertemps et qu’il fit cadeau d’une cloche à l’église en 1728. La seconde cloche de l’église fut offerte par Madame la Marquise Charlotte Bénigne Le Ragois De Bretonvilliers veuve de Charles François Le Tellier, marquis de Cruzy et de Montmirail laquelle habitait quelquefois son château de Saint Christophe détruit, comme on a pu le lire, pendant la révolution.
Seigneurs de Bondy :
1676-1736 Le Ragois de Bretonvilliers, Financier, seigneur de Noisy le Sec

Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis
Recueil de tous les membres, volume I & II
de Jean-François-Louis d’Hozier, Paris, 1817
Ragois (Le) Bénigne Marquis Bretonvilliers II - 39
Chevalier depuis 1715 27-08-1760

Évènements à venir

Pas d'évènements à venir


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.83.0