ANTIQUITE de BRUNEHAUT et de MORIGNY

Extrait du Journal « L’ABEILLE d’ETAMPES »
du 7 Septembre 1872
Auteur : Eugène DRAMARD

Article mis en ligne le 25 janvier 2015
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Parmi les lieux le plus anciennement habités de l’Etampois se placent Brunehaut et Morigny. Là se trouvait un établissement qui a, pour notre histoire locale, une grande importance historique. Les débris qui en ont survécu sont insignifiants, mais, à leur défaut, nous avons le témoignage d’un homme aux lumières duquel nous pouvons accorder toute confiance, parce que nous les avons jamais trouvées en défaut.
« On voit encore, aujourd’hui, écrivait il y a deux siècles, le savant Barnabite Fleureau, au bout de la plaine des Sablons, sur le bord des prés, les restes d’un vieil bâtiment et d’une tour dite communément la tour de Brunehaut. Il est très certain que cette dénomination vienne de la Reine Brunehaut mais on ne sait pas à la vérité si c’est elle qui l’a fait bâtir. Il y a deux conjectures qui peuvent faire croire qu’elle a été bâtie par les romains : la première, la façon de structure de ce qui reste encore aujourd’hui ; et la seconde, quantité de monnaies des anciens empereurs romains, que l’on trouva, il y a peu d’années, en fouillant dans ces ruines. »
Ces débris, qui existaient encore du temps de Fleureau était déjà peut être à l’état de ruines dès le XII° siècle. Un diplôme de Henri 1er, de 1046, les désigne de cette façon qui mérite d ’être remarquée « Vetusoedificium Brunechildis » (2).

S’il pouvait en présence de ces témoignages nous rester quelques incertitudes, elles seraient dissipées par une découverte archéologique faite de nos jours, qui, rapprochée de celle sur laquelle Fleureau appuyait ses conjectures, les confirme de tout point. Des monnaies d’or frappées au coin des empereurs Gordien, Dioclétien, Constance, Clhore, quelques débris de poteries et de terres cuites, un petit mercure en bronze et une statue en pierre de Priape, de deux pieds de hauteur, trouvés il y a environ un demi siècle, dans un endroit où semblable trouvaille avait été faite deux cents ans auparavant , ne permet plus de douter qu’ il n’ y ait eu là un établissement romain d’une certaine étendue.
On trouve même encore sur le sol, aux environs, des fragments de briques romaines et beaucoup de fondations de murs présentant de nombreuses marques d’incendie. Il y avait certainement à cet endroit une grande exploitation romaine assise au bord de la rivière et le long de la grande route de "Genabum" (Orléans) à Lutèce ; sans doute un poste militaire occupé par des auxiliaires Maures dont le nom combiné avec la forme celtique iacum, qui dénote une agglomération de huttes gauloises, se serait perpétué dans celui du village de Morigny , "Mauriniacium" dénonçant ainsi la juxtaposition en ce lieu d’un hameau gaulois et d’un établissement romain militaire et agricole.

L’image d’une divinité phallique, Priape, protecteur des jardins, trouvée à quelques pas de l’endroit ou s’est élevée depuis une chapelle dédiée à Saint-Phallier, prête aussi à un rapprochement qui ne manque pas de vraisemblance (3).

Notons enfin un peu plus loin le lieu appelé « Joeure », qui semble bien être « Jovis Ara ».
Suivant Jacques de Guyse et les anciens historiens belges qu’il a compilé, aurait vécu vers l’an 957 avant notre ère, un roi belge du nom de Brunechulde ou Bunehauti c’est à lui qu’il faudrait attribuer toutes les chaussées dites de Brunehaut. M. de Fortia d’Urban qui a publié les annales de Jacques de Guyse, pense qu’il faut aussi attribuer à ce roi druide, l’ancienne tour de Brunehaut, qui existait aux environs d’Etampes (P. 41) Voilà pour la Charmante villa que nous connaissons un brevet d’antiquité auprès de laquelle est bien médiocre celle que j’ai cru pouvoir lui accorder.
Mais en dépit de la conviction avec laquelle le savant éditeur de Jacques de Guyse a défendu contre tous les archéologues belges, les fables de son auteur et les traditions du roi Brunechulde, il nous permettra de conserver encore bien des doutes, non sur l’attribution qu’il faut lui faire des chaussées qui se trouvent dans l’ancienne Belgique, ce qu’il ne m’appartient pas d’examiner, mais sur celle de la tour qui se trouvait près d’Etampes.
J’accepte toutes raisons que l’on fait valoir pour démontrer que ni les chaussées, ni la tour n’ont été construites par la veuve de Sigebert, parce que il n’apparaît pas bien certainement qu’elle ait jamais possédé, non plus que ses fils, aussi bien le pays d’Etampes que tous ceux où l’on rencontre les anciens chemins qui portent son nom (Bergier, Grands Chemins de l’Empire, liv. I, chap. XXVI & XXVII), mais entre ces solutions opposées il reste encore champ aux hypothèses. Peut-être y a t-il en cet endroit des constructions datant de l’époque celtique. Nous savons en effet que les retraites fortifiées des chefs gaulois étaient cachées au milieu des bois et des marécages et l’existence d’un village celtique, qui devint plus tard Morigny, prête à cette hypothèse. Mais que l’on ait donné à ce fort, nous ne savons quand, le nom d’un chef belge, comme on a attribué à césar tous les camps retranchés dont on découvre les vestiges sur le sol de la Gaule, cette supposition me parait plus qu’invraisemblable. Il est plus raisonnable de supposer que l’ancien établissement romain pris le nom d’un guerrier frank dont il constitua le lot dans le partage des terres conquises. Le nom de Brunechilde peut, en effet, aussi bien appartenir à un homme, la désinence "childe" n’impliquant pas une appropriation exclusivement féminine , puisqu’elle est commune à bien des rois Wisigoths, d’Espagne, Leuwighilde, Athanagilde etc..., Les noms restés en usage de Michaut, Rigaut et autres, ne sont que les noms tudesques Milchilde, Richilde, comme Mathilde a fait Mahaut et Brunechilde Brunehaut.

E. D…..d

(1) Antiquités d’Etampes, p. 16
(2) Cartulaire de N.D. d’Etampes. Cette charte a été publiée par Fleureau dans ses antiquités p. 292.
(3) Le nom latin du saint, "Phalétrus ou Phalétricis" s’éloigne un peu le la forme étymologique "Phallus", mais outre que les explications se présentent d’elles mêmes, la légende du saint n’en n’est pas moins apocryphe. Les auteurs de "L’histoire littéraire de la France" en ont fait justice, ils décident nettement que son auteur qui aurait écrit environ cinq siècle après le temps où aurait vécu le saint n’a réussi qu’à faire un pieux roman au lieu d’une histoire, c’est le titre que méritait son ouvrage et les successeurs de Bollandus n’en n’ont pas jugé plus avantageusement.
Histoire littéraire , t. VIII p. 587.

A voir : l’article paru sur le corpus étampois
[http://www.corpusetampois.com/che-19-dramard1872brunehaut.html]

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